La gestion du sommeil

Ce qui fait gagner une course sont ces mille petits plus dans le dessin, l’équipement, la maniabilité du bateau, mais aussi le travail sur sa propre performance psychique et physique. Contrairement à beaucoup d’autres sports, la balance entre physique et psychique penche nettement en faveur de ce dernier. Certes il faut être « en forme », musclé et agile pour travailler sur le pont en équilibre souvent instable. Il faut avoir suffisamment de souffle pour enchaîner les manœuvres à chaque modification du vent, même si elles sont longues et musculairement épuisantes. Mais la victoire se joue encore plus dans la justesse d’une analyse météo et la gestion de soi-même ou de son équipage.

En solitaire, l’un des plus grands défis est la gestion du sommeil. Trop dormir vous fait rater une opportunité météo, quand elle ne risque pas de vous envoyer directement percuter un cargo ou un iceberg. Ne pas assez dormir est presque plus dangereux. La fatigue vous rend malhabile sur le pont, inattentive. Elle agit sur votre humeur et votre combativité, vous amène à des erreurs de jugement, empêche la concentration. Il est parfois nettement plus efficace de « s’envoyer au lit », ne serait- ce qu’une demi-heure, que de vouloir serrer les dents, même au prix d’un léger ralentissement du bateau.

Le secret réside dans des périodes de sommeil courtes, de l’ordre de 20 à 30 minutes. Epuisant ? Il faut voir. C’est là que les neurosciences auraient des explications à trouver car l’organisme des navigateurs solitaires est capable d’adaptations étonnantes mettant le corps sous l’influence du psychisme jusqu’au cœur du sommeil. Alors qu’un individu normal (ou un marin à terre) effectue des cycles de sommeil d’environ une heure et demi, le navigateur va réduire ces périodes à 30 minutes. Descendant quasi immédiatement en sommeil profond quand il faut normalement 20 minutes, raccourcissant sommeil profond et sommeil paradoxal naturellement, sans entraînement, ni intervention de médecines diverses. Sous l’effet du stress, de l’auto contrainte, de la dette permanente de sommeil, l’organisme du marin adapte dès le premier jour de mer sa physiologie aux conditions extérieures. La sieste d’une demi-heure est donc réellement reposante et reconstituante.

Le second secret est d’essayer d’aller dormir au bon moment. Nous avons tous des «portes d’entrée dans le sommeil » qui nous sont propres, ces moments où l’endormissent viendra facilement. Pour certains elles sont le soir, pour d’autres le matin, les uns apprécient la sieste en début d’après-midi, d’autres s’endorment facilement à l’heure.

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