Mettons que vous alliez vous balader du coté du Mékong, ce que je vous souhaite ! Un jour, dans la brume de chaleur vous apercevez un gros animal, au moins deux mètres de long, avec une tête ronde surmontée d’un gros melon.

La bête nage lentement, fait surface en roulant sur elle même et dévoile un corps gris et une nageoire claire. Elle saute en l’air en faisant quelques jets d’eau avec sa bouche, plus soulève sa queue et plonge. Marquez ce jour d’une pierre blanche, vous avez aperçu l’un des rares survivants des dauphins d’Irrawaddy. Ce dauphin, plus proche en réalité des orques, Orcaella brevirostris, pour les intimes vit dans les fleuves et est le descendant d’espèce d ‘eaux de mer , sans doute piégées par le recul des océans il y a quelques milliers d ‘années . Classé en danger critique d ‘extinction pour l’UICN. Il n’en reste que environ 80 individus dans le fleuve.

En cause, au départ la pêche devenue illégale au poison, aux explosifs, ou à l’électricité, puis la contamination aux polluants comme les PCP et le DDT ou le mercure qui affaiblissent les défenses immunitaires de l’animal et le rendent sensibles aux maladies. De nos jours le braconnage pour alimenter les zoos où le paisible animal fait fureur mais aussi les captures accidentelles dans les filets et la consanguinité d’une trop faible population font le reste. Le dauphin qui normalement vit 30 ans a peu de chance de dépasser les deux semaines.

Le point intéressant, dans cette triste et bien commune histoire quand on parle de grande faune sauvage, c‘est que sa rareté a commencé à faire son prix, quand les touristes et donc les pécheurs et les agences de voyages en ont fait un argument à espèces sonnantes et trébuchantes . Interdiction de dire que la pollution tue les dauphins une ONG environnementale a failli se faire expulser du Cambodge pour cela. Il faut au contraire mettre en avant sa protection, car 30 000 visiteurs cette année, commencent à donner une réalité au mot écotourisme, ils n’étaient que 50 en 2000. Avec beaucoup de chance, cela sauvera le dauphin d ‘Irramaddy. On a créé une zone protégée, dépêché 70 gardes pêche et entamé une campagne d’éducation dans les villages. Plus dissuasif encore les filets maillants sont systématiquement saisis, ce qui représente une perte énorme pour les pêcheurs locaux . Ceci illustre à merveille la grande difficulté de la protection animale dans ces pays en voie de développement. Comment persuader les habitants qu’un dauphin set plus intéressant vivant que mort ? Car, bien sûr, il y a ceux qui habitent dans les bons villages où arrivent les routes et les touristes et les autres, plus éloignés qui ne bénéficient pas de la manne. Mais comment s ‘assurer que cet afflux touristique ne va pas perturber encore un peu plus l’animal avec une traque incessante.

Pour n’avoir pas su résoudre cette équation les chinois ont perdu définitivement le dauphin du Yang Tsé. C’est si vite fait de détruire et si long et compliqué de faire cohabiter les hommes et les autres habitants de la planète.

Allez, souhaitons bonne chance aux dauphins d ‘Irramaddy !

Touristes, faire de la chasse photographique et sans harceler les dauphins, vous êtes bienvenus. Pour paraphraser le vieux dicton ; Une espèce qui meurt c’est aussi une bibliothèque qui brûle.

Bon WE et bonne semaine à tous ;

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