Oh, oh ! Je vois que l’ambiance est aux mathématiques aujourd’hui chez les Savanturiers et bien les marins ne seront pas en reste. Vous savez, Fabienne, que le principal problème en course au large est d’arriver avant les autres. Et pour cela, il ne faut pas de gros muscles mais surtout une tête à peu près bien faite car le secret de la victoire c’est la météo. Pour où passer sur la vaste mer pour que les vents soient les plus favorables… quasiment jamais par la ligne droite !

Au début, il y a bien bien longtemps, de ma carrière de marin, nous disposions des pilot’s charts, une compilation de journaux de bords établies par un officier américain blessé et qui devait s’ennuyer. C’était des planches à l’échelle des océans, une par mois, divisées en petits carré où figuraient pour chacun les moyennes de vents en force et en direction. Une forme de statistique un peu laborieuse. Pour aller d’un point à un autre le plus vite possible, il fallait se livrer à de longs calculs vectoriels dont je vous passe les détails. Quand arriva : l’ordinateur et surtout l’utilisation des algorithmes pour établir une trajectoire en temps minimal.

IL faut disposer de prévisions météorologiques fiables (c’est un autre sujet !) et des caractéristiques de vitesse du bateau pour toutes les forces et les angles du vent, qu’on appelle les polaires. Prenez celles fournies par l’architecte et enlevez 30 %, il est toujours trop enthousiaste. Proposez au programme des points de départ et d’arrivée. Le principe est simple, en fonction de ces données l’ordinateur calcule tous les points que le bateau peut atteindre lors du premier segment météo (par exemple sur les 12 prochaines heures), c’est une courbe appelée isochrone. Pour chaque point de cette courbe, on refait le calcul pour les 12 heures suivantes et ainsi de suite jusqu’à ce que l’on atteigne son but. Le programme remonte ensuite la filière pour voir par quel chemin cette route en temps minimal a été obtenue : voilà la trajectoire à suivre.

Attention, ne croyez pas que la navigation ne soit plus qu’un jeu d’enfant. Les prévisions météo ne sont pas paroles d’évangile, quelques km/h ou quelques degrés de différence pour le vent font souvent de grands écarts de vitesse et l’on peut jouer à l’infini en forçant les polaires ou en décalant le pas de temps de la météo. Il faut bien que l’observation et le sens marin servent à quelque chose ! En tous cas, ces algorithmes ont révolutionné la stratégie au grand large pour les coureurs comme pour les plaisanciers qui veulent arriver le plus tôt possible à destination.

En fait, des algorithmes sont aussi à l’œuvre un peu partout sur un bateau, nichés dans les GPS ou les pilotes automatiques sans que nous le sachions.

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