La sardine

Un polar halieutique au menu aujourd’hui. Il s’agit d’élucider des disparitions. La scène du crime : la mer Méditerranée. Les faits : On débarquait 13 300 tonnes de sardines en 2007, 3600 en 2009 et seulement 630 en 2012. Quant aux anchois, ils ne vont guère mieux. Ceci a bien sûr un impact considérable sur les pêcheurs qui tirent 50 % de leurs captures de ces deux espèces et se sont constitués plaignants.

Qui a kidnappé les sardines ? Pour mener l’enquête on a fait appel à l’inspecteur IFREMER. Nom de code de l’opération : Ecopelgol. Les animaux ont été pris en filature par des navires scientifiques équipés de radars, des individus suspects ont été appréhendés et tout bonnement disséqués. Trois suspects ont été mis hors de cause : les thons, les virus et les bactéries. Ils avaient semble -t-il un bon alibi. Mais nos fins limiers ont fait de surprenantes découvertes. En fait les sardines n’ont pas disparu, elles sont au moins aussi nombreuses mais plus petites. Leurs taille moyenne est passée de 15 à 11 cm. On a aussi découvert que les plus gros individus, ceux de plus de 2 ans avaient bel et bien disparus. Enfin les pauvres bêtes sont beaucoup moins grasses qu’auparavant. Tout ceci expliquant parfaitement la baisse de la biomasse, c’est-à-dire du poids global de ces espèces dans la mer. Le filet (si j’ose dire) s’est resserré sur un coupable potentiel : le plancton.

L’observation montre que les proies ingérées sont plus petites et moins énergétiques qu’avant. Les animaux affamés ont un cruel choix à faire : se développer ou se reproduire, opération qui, chacun le sait mobilise une grande énergie. Et en effet, les gonades, ou organes sexuels des poissons, n’ont pas diminués de taille et sont même, proportionnellement, plus imposants. Ainsi ces braves animaux sacrifient leur propre longévité pour assurer au moins leur descendance. Bel exemple d’abnégation halieutique !

Le plancton, lors de son interrogatoire, a rejeté la faute sur le réchauffement climatique qui, selon lui, sélectionne, avec des eaux plus tièdes, des espèces différentes qui par le passé. On l’aurait même entendu murmurer :

« Il sont gonflés, ces hommes, ce n’est quand même pas ma faute si le climat se réchauffe ! »

Bref, l’enquête a progressé, mais le coupable est loin d’être sous les verrous. Je sais, Fabienne, vous allez évoquer les lenteurs de la justice. Vous avez raison. Il y a belle lurette que nous devrions avoir remis au pas ce gredin de réchauffement climatique !

Enfin, nous tenons sans doute une pièce à verser dans son déjà lourd dossier. A cause de lui, nous ne pourrions plus faire de sardinades en paix ? A moins que ça ne soit à cause de nous …

Allez, mangez donc du sprat, c’est plein d’arêtes, mais il y en a encore !

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