Salvador Alvarenga
Salvador Alvarenga © © Roberto Escobar/epa/Corbis
Une histoire a défrayé la chronique maritime, il y a quelques semaines, dont José Salvador Alvarenga a été le malheureux héros. Il a acquis le douteux privilège de signer le plus long naufrage de l’histoire : 13 mois. Ce salvadorien de 37 ans, après avoir échoué, il y a 15 ans à passer aux USA, s’est fixé dans un village du Chiapas au Mexique pour y devenir pêcheur de requins. Le 20 novembre 2012, il part à la pêche, comme tous les jours, avec son jeune collègue, Ezechiel Cordova. Hélas, une avarie de moteur les entraîne dans une hallucinante dérive dans le Pacifique. Durant 13 mois, près de 400 jours, leur coquille de noix de 7 mètres va être ballottée par les courants. Ils n’ont à manger que les poissons, les oiseaux et les tortues qu’ils capturent à mains nues et consomment crus. Ils ne boivent que grâce aux rares pluies ou en suçant les yeux des tortues, absorbant même leur urine. Dégoutté par ce régime, épuisé par le soleil et la chaleur, le plus jeune succombe au bout de 4 mois. José désespéré songe à en finir. Aucun des rares bateaux entre aperçus ne le remarque, dans sa barque basse sur l’eau. Un matelot lui aurait même fait un gentil signe de main, le prenant sans doute pour un pêcheur au travail. S’il tient c’est grâce à sa foi et au souvenir de sa femme et de sa fille de 10 ans qui le croient mort. Le 30 janvier 2014, enfin une île apparaît à l’horizon et une plage sur laquelle il accoste. Epuisé, muni de son couteau, il se laisse tomber sous un cocotier. Il vient d’atteindre l’atoll d’Ebon, au nord des îles Marshall, après 12 500 km de dérive. Les habitants incrédules entendent les cris de cet homme, à la longue barbe et aux cheveux emmêlés, seulement vêtus de sous vêtements déchirés et pouvant à peine marcher. Ne parlant pas espagnol, ils arrivent à force de dessins à comprendre son drame. Conduit à l’hôpital, José, sonné, est incapable de raconter son errance, ne se souvient même plus du nom de son village ou du numéro de téléphone de sa femme, ni même son âge. Il ne se rappelle que de la mer, la mer et encore la mer. Le précédent record, s’il faut appeler cela ainsi, était détenu par 3 pêcheurs mexicains, eux aussi, en 285 jours. Son histoire paraît si folle que les autorités penchent d’abord pour un simulateur, d’autant que l’homme ne paraît pas vraiment amaigri. Alors les scientifiques s’en mêlent. Sa corpulence ? Due à l’œdème lié à sa forte exposition au soleil et au sel. Sa perte de mémoire ? Normale pour quelqu’un soumis à un stress aussi long et violent. Attraper oiseaux et poissons à pleine mains ? Possible, quand on sait qu’un objet flottant sert d’ombrage aux poissons et de reposoir aux oiseaux. Sa dérive ? Plausible disent les océanographes qui ont traqués les débris du tsunami japonais. Les simulations des vents et des courants font bien arriver une épave au même endroit dans un temps similaire. Et renseignements pris, une barque mexicaine manque bien à l’appel depuis ces 13 mois. Les copains, la famille retrouvée reconnaissent bien José. Il est sauvé. Tout au plus les psychiatres recommandent qu’il n’entende plus le bruit des vagues, susceptibles de le mettre en état de stress, car il souffrirait d’une phobie de la mer … On veut bien le croire ! Après avoir été accueilli en triomphe dans son pays et son village natal de Garita Palmera, le brave José est revenu à Salvador city un peu déboussolé. Revivre près de la côte est visiblement au dessus de ses forces. Il n’a pas l’air d’être enthousiaste à raconter son aventure à une maison d’édition ou un réalisateur. Tout ce qu’il veut c’est oublier et peut être se faire payer par la compagnie de pêche qui l’employait. Souhaitons lui donc, ma chère Fabienne, un prompt rétablissement et un nouveau job… plutôt à la campagne. Naufragés de tous les pays, en tous cas ne perdez pas espoir. 13 mois c’est possible !
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