le parlement européen contre l'interdiction de la pêche en eaux profondes
le parlement européen contre l'interdiction de la pêche en eaux profondes © reuters
**Un petit coup de gueule ce soir… ça faisait longtemps ! Donc le parlement européen avec une courte majorité de 16 voix n’a pas interdit la pêche profonde, celle qui se situe au delà de 600 M. Ce vote a été acquis avec une partie de députés français en contradiction avec les engagements de la France à «défendre l’intégrité des écosystèmes profonds».** Dans ces abysses sans lumière et pauvre en nourriture se développe une vie encore mystérieuse caractérisée par des formations fragiles de corail froid vieux de milliers d ‘années, ou de poissons vivant plus de 100 ans, ayant une maturité sexuelle très tardive et un faible taux de reproduction. Ceci suffirait à dire que « pêche profonde durable » est un oxymore. Dès 2004, plus de 1100 chercheurs de 69 pays alertaient l’ONU. Le poisson de surface se raréfiant pour cause de sur pêche, certains armements industriels ont depuis une vingtaine d’année conduit leurs chaluts de plus en plus profond. On imagine et il existe des photos, ce que provoque ces lourds engins, tirés à grand coup de fuel. Après eux les fonds sont labourés, dévastés. Malgré des recherches encore insuffisantes, toutes les publications scientifiques sonnent l’alerte : sur 54 stocks de grands fonds, 21 sont épuisées. Les dégâts atteindraient 80 % de la biomasse. Les chaluts occasionnent 20 à 30 % de captures accessoires, animaux morts pour rien. La France est particulièrement responsable sur 11 navires européens, 9 sont français. Les défenseurs de la pêche au premier rang desquels l’enseigne Intermarché qui arme des navires, répondent qu’ils prennent soin de ne pas chaluter sur les fonds de corail, respectent les quotas et qu’il y aurait 3000 emplois en jeu ! 3000 emplois pour une dizaine de navires, on attend la démonstration ; les quotas ont parfois été dépassés de 300 ou 500 % ; quand aux zones de pêche avec seulement 10 % des bateaux ayant un contrôleur à bord , rien n’est sûr. Cerise sur ce mauvais gâteau, cette pêche n’est pas rentable et ne survit que grâce aux subventions…. Notre argent en quelque sorte ! Pourtant, à défaut de laisser les abysses tranquilles, d’autres pêche existent comme la palangre, infiniment moins destructrice et créant six fois plus d’emplois. 800 000 signatures recueillies en France contre la pêche profonde, 71 % de nos concitoyens disant y être opposés, les groupes Carrefour et Casino s’engageant à ne plus commercialiser d’espèces profondes, la mobilisation citoyenne fait bouger les choses. Intermarché a annoncé « mettre tout en œuvre pour ne pas cibler les espèces profondes ».et se donne 5 ans pour faire évoluer ses pratiques. Alors chiche ! Le meilleur moyen de les y aider est de ne plus consommer ces espèces : sabre noir, lingue bleue, empereur, grenadier et brosme et même mieux interroger sa grande surface favorite pour connaître sa position. Et si vous voulez vous rafraîchir la mémoire sur la vie dans les grands fonds, il y a le magnifique livre « abysses » chez Fayard. Allez, bon vent aux poissons profonds et à ceux qui souhaitent en laisser aux générations futures et bonne semaine à tous.
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