Moules de bouchot 2
Moules de bouchot 2 © Arnaud Lebailly

Notre réalisatrice, Juliette, m’a interrogée l’autre jour, moi la rochelaise, sur la mortalité des moules. Et oui, si vous avez passé vos vacances en Charente Maritime ou en Vendée, vous avez dû avoir bien du mal à trouver où déguster la célèbre moule de Charron, qu’elle soit de bouchot ( c’est-à-dire élevée sur des pieux ) ou de filière (élevée au large sur des filins).

En mars de cette année, une mortalité aussi subite qu’extrême a anéanti entre 90 et 100 % des animaux.

En langage savant on appelle cela une épizootie. 12 000 tonnes de moules et la mortalité qui s’étend aux coques, pétoncles et autres coquilles Saint Jacques; 17 millions de pertes au bas mot et 300 emplois à la clé.

Les scientifiques d’IFREMER se sont gratté la tête. Il y bien une bactérie Vibrio splendidus, capable de tuer en 24 heures, (est- ce en cela qu’elle est splendide ?) mais elle est connue depuis longtemps et ne fait pas de tels ravages. Pourquoi serait-elle devenue soudain plus agressive ? A couse du réchauffement climatique favorisant son développement ? Mais alors, pourquoi aucun autre bassin d’élevage n’a – t’il été touché ?

La baie de l’Aiguillon, au nord de La Rochelle, où normalement s’ébattent ces braves moules est le réceptacle d’une vaste zone de marais qui a été petit à petit convertie à l’exploitation céréalière et au maïs. Ce faisant des quantités importantes d’engrais et de pesticides ont été répandus. Le mois de mars pluvieux, voire pourri, a-t-il entraîné plus que d’habitude ces polluants vers la mer ? Les pesticides, affaiblissant les animaux, et les auraient rendu sensibles aux pathogènes ? Les engrais en se décomposant consomment l’oxygène de l’eau et ont engendré la mortalité des moules qui, à la différence des poissons ne peuvent pas s’enfuir ? Les marais sont maintenant drainés pour accueillir les cultures, l’eau y circule plus vite. La pluviosité exceptionnelle s’est-elle traduite par un afflux d’eau douce dans la baie provoquant un choc de salinité et une augmentation de la turbidité et de la température de 1 à 3 ° à une période où les moules se reproduisent donc sont plus sensibles à l’environnement ?

Toutes ces questions ne suffisent pas à répondre aux angoisses des professionnels de la mytiliculture et surtout à faire cesser le phénomène.

Mais tout n’est sans doute pas perdu. D’abord vous avez dû manger des moules de Normandie, qui ne sont pas plus mauvaise. Ensuite, l’élevage de moules, à la différence des huîtres se fait sur un cycle annuel. On peut donc espérer que, s’il s’agissait de causes exceptionnelles, tout rentrera dans l’ordre l’an prochain. Tiens, d’ailleurs les huîtres aussi connaissent depuis 3 ans des mortalités exceptionnelles. OK ce n’est pas le même virus, mais sur le fond, l’idée que l’on est devant un phénomène multifactoriel, dans un cas comme dans l’autre, fait son chemin. Le littoral a été depuis quelques dizaines d’années profondément déstabilisé à la fois par l’arrivée des rejets agricoles en masse, ainsi que des eaux pluviales, mais aussi par son urbanisation qui porte atteinte à la zone peu profonde, la plus sensible. Des élevages devenus massifs et parfois, il faut le dire, un peu entassés, favorisent les contaminations. Un petit coup de réchauffement climatique favorable aux micro- organismes et des animaux physiologiquement fragilisés succombent.

Il semble bien que les équilibres de la vie soient infiniment complexes et que l’oublier nous conduit nous même à des difficultés.

Allez, j’espère quand même vous inviter l’année prochaine à La Rochelle pour déguster des moules de Charron, un délice, vous verrez.

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