Les îles Kirkenes
Les îles Kirkenes © © Barry Lewis/In Pictures/Corbis
Allez, je vous emmène en voyage ce soir, mettez votre doudoune, chaussez-vous bien, bonnet, cache-nez, vous y êtes ? Cap sur Kirkenes.**Le port le plus au nord de la Norvège, près de 500 km au delà du cercle polaire** . Vous voilà dans une bourgade de 4000 habitants typiquement scandinave, maison colorées et proprettes avec la Volvo garée devant. **Un fjord** calme aux eaux encore sombres en cette fin d’hiver. Les quelques badauds qui débarquent de l’express côtier, le célèbre Hurtigruten hésitent entre une partie de pêche au crabe royal, une nuit dans l’hôtel en glace ou une ballade en traîneau. Mais sous cet instantané touristique il se mijote bien des choses, déjà une flopée de chalutiers russe attirent le regard. C’est la logistique qui les attirent paraît-il, moins de tracas administratifs, plus d’efficacité et de meilleurs marchés. Car à moins de 20 km an nord c’est la Russie qui commence, à deux heures de voiture Mourmansk, la plus grande ville au nord du cercle arctique, ses brise glaces et sous marins nucléaires, capables d’ouvrir le passage du nord-est. Et puis, au large de Kirkenes, il y a la mer de Barents et ses nouvelles concessions de forage, et plus loin à l’est la péninsule Yamal et son pactole de puits de pétrole et de gaz. La petite ville se sent pousser des ailes. Comme le raconte le géant débonnaire qui gère l’implantation locale du Tschudi group,**Kirkenes** a de bon rapports avec son grand voisin. Pendant la guerre, elle a servi de base aux troupes allemandes, cela lui a valu d être dévastée mais c’est l’URSS de l’époque qui l’a libérée et a eu le bon goût de ne pas l’annexer. Tschudi a racheté la vieille mine de fer désaffectée, pas tant pour la mine qu’on a quand même remise en service, mais pour les quais qui allaient avec et le terre plein que l’on remblaye avec les débris de l’exploitation minière. Là, on imagine la porte d’entrée/ sortie sur l’Europe, un grand terminal pour acheminer le matériel nécessaire aux forages et aux plate formes. Déjà 100 000 tonnes de caillasse partent à la construction des infrastructures de la péninsule Yamal, mais il faudra aussi envoyer des foreuses, mille matériaux et assurer les rotations des équipes. D‘un l’autre coté, un pétrolier répondant aux exigences glace coûte trois fois plus cher qu’un normal. Inutile de l’immobiliser jusqu’à Rotterdam. Mieux vaut transvaser les précieuses denrées à Kirkenes sur les navires normaux. Et puis cette fameuse route du nord commence à voir passer des cargos pour la Chine. Certes ce n’est pas tout de suite qu’elle va rivaliser avec Panama et Suez, mais on veut se tenir prêt. Ici on voit plutôt le réchauffement climatique comme une aubaine. Quand aux risques de pollutions, on vous affirme que **la Norvège** a la meilleure réglementation du monde. Alors, si vous aimez la tranquillité, allez-y tout de suite. Si vous cherchez du travail, attendez juste un peu, Kirkenes qui n’a déjà que 1% de chômage ne va pas tarder à embaucher. Allez, bon vent quand même à Kirkenes et à ses habitants dont la vie tranquille risque bientôt d'être bouleversée.
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