Allez encore un peu de rififi du coté de Marseille, ou plus exactement de la baie de Cassis. En cause, l’usine de production d ‘aluminium située à Gardanne. Depuis 1966, une conduite de 60 km de long emmène les résidus de la fabrication de l’alumine directement en Méditerranée, dans la fosse dite de Cassidaigne par 2400 mètres de fond. A ce jour 30 millions de tonnes ont ainsi été déversés. En 1993, une étude réalisée par l’industriel évoque la toxicité de ces boues sur la faune et la flore marine. Il faut dire que , même après en avoir enlevé la soude, principal composant toxique, ces boues rouges restent chargées en Plomb, chrome, vanadium, mercure et arsenic, des éléments dont les effets délétères sur la santé sont bien connus. Ils perturbent le développement et la reproduction des organismes. Cette étude avait été paisiblement passée sous silence. Un comité de suivi scientifique affirmait depuis lors que non, aucun effet toxique n’était signalé et la société clamait haut et fort qu’en vertu d’une loi passée en 1995, tout déversement cesserait au 1 janvier 2016. Seulement voilà, des associations s ‘en sont mêlées, dénichant le rapport resté secret et invoquant de nombreuses autres études indépendantes renchérissant du coté de la toxicité . Ils se sont mis à poser un certain nombre de questions dérangeantes :

Si l’on arrête les déversement qui ont un effet abrasif direct, la vie sous marine se réinstallera, comment empêcher alors que les métaux lourds ne se concentrent le long de chaîne alimentaire et ne soient remontés ainsi vers la surface? Quels risques pour les formes de vie supérieure dont l’homme ? Et puis ce ne sont pas tous les déversements qui vont s’arrêter, les particules fines environ 10 à 20 % du tonnage vont continuer à être rejetées. Ces particules plus fines, vont flotter encore plus loin en mer, être véhiculées par les courants, la situation ne sera t elle pas pire ? Et que faire de ces boues plus grossières que l’on stockera sans bien savoir quoi en faire, de leur dissémination par le vent, des risques de ruissellement dans les rivières….

L’affaire s ‘est encore envenimée avec la création du parc naturel des Calanques, dont la baie de Cassis est le fleuron. La co-existence avec le gros tuyau devient de plus en plus problématique. Les associations environnementales, José Bové et Michelle Rivasi, députés européens en tête, réclament maintenant l’arrêt pour 2013 des déversements, une commission d ‘enquête, d’autres études, l’intervention de la ministre….

La petite Méditerranée, mer fermée , recèle à elle seule près de 10 de la biodiversité marine, ce serait déjà une bonne raison de la protéger plus encore. Mais l’établissement d ‘un parc marin, rend ces boues encore plus indésirables.

Affaire à suivre donc, pour voir qui des poissons ou des intérêts industriels va l’emporter.

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