Ce pourrait être une question du jeu des 1000 euros : quelle est la patrie de Simbad le Marin ? Les connaisseurs des 1000 et une nuits répondront aussi tôt Oman. Les très fins connaisseurs répliqueront que Simbad était avant tout un marchand, dont les qualités nautiques laissaient franchement à désirer. C’est peut-être pour cela que le sultanat d’Oman, 6000 ans après Simbad a décidé de relever le gant ! Soyons plus prosaïque, le dit sultanat s’est avisé depuis une dizaine d’année que sa manne pétrolière et gazière, qui contribue pour 80 % à son revenu, était nettement moins importante que celle de ses voisins et risquait de faire bientôt défaut. Le sultan Qaboos Bin Saïd al Saïd s’est donc enquis d’une diversification pour son pays et a choisi le tourisme. Quand on a des eaux turquoises, des vents réguliers et une température au-dessus de 25 °, la voile est candidate pour être sport roi et faire affluer les touristes. Problème : les omanais ne s’intéressent que très peu à la mer à part quelque pêcheurs et n’avaient pas plus entendu parler de Vendée globe que vous des champions de course de chameau. Depuis 6 ans, Oman a donc une politique étonnamment volontariste en matière de voile. Recrutant, parfois à prix d’or des français, anglais, grecs et même brésiliens, achetant des bateaux de course depuis le modeste Optimist jusqu’au trimaran extrême de course au large. Car l’objectif est double, faire connaître et un jour reconnaître Oman comme une patrie de la voile et donc développer une image de marque et former des jeunes, futurs champions pour leur pays.

C’est ainsi que 16 000 jeunes et un jour 70 000 tirent des bords pendant les heures de classe. Selon un système de sélection qu’envieraient bon nombre de nations européennes, on trie la graine de champion a qui on offre des marinas et des voiliers flambant neuf. Mais on ne fait pas des as de la barre à roue en six mois. Pour ceux qui n’ont jamais passé une nuit en mer, l’apprentissage du large est parfois dur. En attendant on cherche ailleurs les talents comme celui du français Sydney Gavignet qui a terminé 5ème de la Route du Rhum à la barre de Musadam Oman, multicoque de 20 mètres.

Oman qui n’est pas le pire pays en matière de droit des femmes, leur assure le même accès à la voile. Certes, elles sont moins nombreuses celles que leurs père ou frères ont accepté de voir s’émanciper sur le pont d’un bateau, mais c’est quand même notable.

Au-delà de la compétition, ce dont rêve Oman est aussi d’ouvrir des déboucher à sa jeunesse (rappelons que 50 % de sa population a moins de 15 ans). Pour développer le yachting, il va falloir des gens formés à tous les métiers du nautisme et qui aient donc une connaissance minimum de la mer et la voile.

Ce volontarisme réussira-t-il ? Peut-on convaincre une nation dont les origines bédouines sont avant tout dans les sables d’acquérir une culture de marin breton ? le défi est intéressant. Attendons d’avoir un concurrent 100 % omanais au Vendée Globe … qui sait, il nous étonnera peut être !

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