Vu par l’astrophysicien que vous recevez aujourd’hui, qu’est-ce que l’océan ? Une singularité géologique de cette minuscule planète oubliée, qui présente l’excentricité d’avoir de l’eau sous toute ses formes : gazeuse, liquide et solide et même suffisamment pour l’avoir fait surnommer ‘la planète bleue ».

Moi qui ne suis pas astrophysicienne c’est sur cet océan qui fut et est encore source de vie que je veux m’arrêter. Il est devenu de notoriété publique qu’une espèce Homo sapiens a bouleversé les équilibres écologiques à l’échelle de la planète. Pour l’océan, cela s’appelle, surpêche, pollution et destruction des habitats. Mais soyons juste Homo sapiens peut aussi participer à leur sauvegarde et il faut parler des bonnes nouvelles. Les Aires Marines Protégées océaniques sont à la mode depuis quelques années et certains pays, dont la France, rivalisent pour créer la plus grande possible.

En 2010 nous avons eu le parc des Chagos anglaises, l’Australie s’y est mise avec un réseau d’Aires marines de plus de 2 millions de km2, la France a récemment étendu la sienne en Nouvelle Calédonie à 1,3 millions de km2.

Récemment, les 47 habitants de l’île de Pitcairn, célèbre pour avoir accueilli les révoltés de la Bounty, ont eux-mêmes exigé de leur gouvernement anglais un parc englobant la totalité de leur zone économique exclusive soit 840 000 km2, c’est sa concrétisation que nous fêtons aujourd’hui. Et je me suis laissée dire que dans ce concours de vertu, les américains ont aussi l’intention de figurer avec un parc de plus de 3 millions de km2 au large d’Hawaï.

Une aire marine protégée n’exclut pas les hommes, rappelons-le. On peut s’y balader, y vivre, y faire du bateau, de la plongée et toutes sortes de sports, parfois même y chasser et y pêcher, mais le tout dans des conditions strictes qui préservent la faune, la flore, les habitats et les équilibres biologiques. ON y protège, les espèces rares, mammifères marins, oiseaux, tortues, requins et coquillages rares, mais aussi ce que l’on appelle la biodiversité ordinaire, qui est malheureusement elle aussi malmenée.

Souvent situé dans des endroits reculés, peu de ports et encore moins d’aéroports ne vont faciliter la connaissance scientifique et la surveillance indispensables de ces zones. Le nerf de la guerre fait souvent défaut. Songez que le parc marin des Glorieuses dans l’océan indien a vu les gendarmes de l’île dotés … d’une longue vue ! pour traquer les pêcheurs pirates, en lieu et place d’un solide zodiac. Les autochtones râlent parfois devant les contraintes, les touristes contre des droits d’accès devenus payant.

Mais protection ne rime pas toujours avec diminution des pêches et perte de pouvoir d’achat. Dans une aire protégée, la taille des organismes marins augmente de 13 %, la biodiversité de 19% et la densité de poisson de 121 %. Au voisinage de la zone les captures des pêcheurs augmentent de 10 %. Quant à la manne financière de l’écotourisme : le mérou mort rapporte 20 / kg, le mérou vivant 40 € par personne au club de plongée local et cela pendant de nombreuses décennies.

L’objectif international se situe à 10 % de la surface des océans protégés en 2020, avec 2 à 3 % on en est loin, mais il faut s’en rapprocher pour que la planète bleue reste aussi une planète vivante.

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