Dauphin
Dauphin © Scott Hill / Scott Hill
**Cela commence comme une belle légende polynésienne. Maui est fils du gardien des enfers et d’une mortelle. Né prématurément, on s’en débarrasse en le jetant à la mer enveloppé dans les cheveux de sa mère ; mais les divinités marines vont le protéger et l’élever. Plus tard, Maui accomplira des exploits comme ralentir le soleil dans sa course pour que les jours durent plus longtemps, ou tirer des profondeurs de l’océan, grâce à son hameçon magique, l’île du Nord de la Nouvelle Zélande.** L’histoire continue joliment puisque Maui est le nom donné au plus petit dauphin connu, vivant lui aussi exclusivement dans l’Ouest de cette île du Nord, comme une sorte de fidèle gardien de son ancêtre de légende. _Cephalorhynchus Maui hectori_ pour les scientifiques : 1,60 m de long pour 50 kg, une crevette à coté de certains de ses cousins qui font 4 mètres. Le dauphin Maui est très caractéristique avec son aileron dorsal arrondi et son rostre allongé. C’est aussi le plus rare au monde, puisqu’il n’en resterait aujourd’hui que 55 individus adultes. S’il vit jusqu’à 20 ans, il ne se reproduit que très peu, un petit tous les deux ou quatre ans et il est donc classé en danger d‘extinction par l’union pour la Conservation de la Nature. Là où l’histoire devient moins charmante, c’est que loin de protéger cette espèce rare, le gouvernement Néo-Zélandais qui se vante pourtant d ‘être le pays du respect de la nature et ne se prive pas de faire la morale aux japonais chasseurs de baleines, fait tout ce qu’il faut pour que la situation continue à se détériorer. L’ennemi du dauphin Maui ce sont les filets dérivants mis à l’eau sur des kilomètres. Certaines années cinq animaux ont ainsi été piégés et aujourd’hui on considère que la capture d’un seul d’entre eux peut déstabiliser définitivement la petite population. Faux disent les pêcheurs, on en a pêché un en 25 ans. C’est sans compter les filets perdus ou abandonnés qui continuent pendant des années leur sinistre besogne. Même la commission baleinière, qui n’est pas un repaire d’écologistes a sommé l’année dernière la Nouvelle Zélande de prendre des mesures d’urgence. Ce qu’elle a fait du bout des doigts en interdisant l’usage de ces filets à proximité immédiate de la terre. Largement insuffisant disent les scientifiques, mais le gouvernement explique qu’il doit déjà évaluer le manque à gagner de la pêche au vu de ces premières mesures. Enfin, d’ici la conclusion de l’étude, le problème ne se posera peut-être plus, on ne verra plus les dauphins Maui qu’empaillés dans les musées. Plus grave, si en 2008, une zone de sanctuaire avait été attribuée aux dauphins Maui, celle-ci est actuellement remise en cause par le gouvernement qui vient d’y‘autoriser des prospections pétrolières. « Je fais tout ce que je peux pour les sauver » se défend le ministre de l’environnement. Quand on sait les ravages que provoquent les ondes sismiques utilisées pour les forages exploratoires, puis le dérangement permanent et les risques de pollutions liés à l’exploitation du pétrole, on peut douter de la sincérité dudit ministre. D’ici la prochaine réunion en septembre de la commission baleinière, les associations environnementales multiplient les initiatives, dont cette pétition [si le cœur vous en dit en ligne ici](http://bit.ly/savethelast55) Allez bon courage aux 55 dauphins de Maui et à leurs protecteurs !
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