Stéphane Narnaez
Stéphane Narnaez © MaxPPP
**Pour poursuivre ma chronique des tourdumondistes en voilà un qui veut faire non pas un, ni deux, ni trois, mais bien quatre tours du monde d’un coup contre les vents dominants en solitaire et sans escales. Bigre ! c’est qui et à quoi ça sert ?** Il s ‘appelle Stéphane Narvaez et n’en est pas à son coup d’essai. En 2009, il prend le départ d’un tour du monde en solo, mais son bateau de 10 mètres seulement se délamine près du cap Horn et il est miraculeusement repêché par la marine chilienne. Qu’à cela ne tienne, il récidive deux ans plus tard avec Oïkos un voilier de 14 mètres. Oïkos, comme « l’univers incarné dans la maisonnée », selon les grecs, tout un programme. Cette fois-ci les vents lui seront favorables, l’aventure lui prit 8 mois, il donna lieu à un livre relatant son exploit. On aurait pu en rester là. Est-ce le spleen du marin à terre, le souvenir de ses bonheurs maritimes, l’envie d ‘en faire toujours plus ou de se faire définitivement reconnaître par la communauté maritime ? Il n’en dit mot, mais cette année donc il remet cela avec ce parcours original : descendre l’atlantique, faire quatre fois le tour de l’Antarctique et revenir à Cannes. Pourquoi quatre,… pourquoi pas ! Le périple devrait lui prendre 16 mois dont 12 dans les mers du grand sud. Narvaez fait partie de la famille des minimalistes. Son bateau n’a pas de moteur et se gère entièrement en énergie renouvelables, économies et innovation, comme son pilote automatique basse consommation. A part 700 kg de nourriture, 200 litres d’eau qu’il compte renouveler avec la pluie, les outils et pièces de rechanges, il n’emporte que des livres. J’espère qu’il en a beaucoup ou qu’il lit lentement, mais lui répondra sans doute qu’il va passer son temps à regarder la mer. Outre ce credo écologique, Stéphane Narvaez veut se rendre utile. Sa coque est donc équipée de capteurs de température et de salinité, dont les données vont venir compléter celles du laboratoire sur le climat d ‘IFREMER. En continu dans ces parages peu fréquentés et aussi longtemps, ça commence à être intéressant. Notre homme est rustique. Il vaut mieux dans son voilier étroit et non chauffé, le confort va être minimaliste.1 m2 utile pour dérouler son sac de couchage isolé par une chambre à air de camion quand ça secoue trop et protégé par une bâche pour éviter la condensation, sa vie va être celle d ‘un SDF des mers. Beaucoup hurleraient au masochisme lui, assure qu’il va être parfaitement heureux. Y arrivera-t-il ? Pourquoi pas, cet ancien du génie civil est bricoleur et expérimenté or l’entretien du bateau sur le long terme est l’un des problèmes les plus important. Rappelons que l’américain Red Stowe a passé 1000 jours en mer et que l’australien Jon Sandersa enchaîné trois tours du monde de suite, repassant l’équateur à chaque fois pour que son record soit homologué. Reste que passer 12 mois consécutifs dans les mers du Sud c’est multiplier les chances de mauvais temps surtout pendant la nuit australe et constituera une première à n’en pas douter. Naviguer contre les vents dominants semble être une spécialité très française, allez savoir pourquoi. Sur les 6 solitaires qui l’on déjà accompli la moitié sont français et c’est encore un français Jacques Riguidel qui s’apprête à s’élancer cet automne. Si des marins comme Monnet ou Van den Heede l’ont fait pour battre le record, Narvaez ou Riguidel le font pour le plaisir. C’est peut être le syndrome du « toujours plus » qui fait que l’on ne se satisfait jamais de ce qui est accompli pour viser toujours un peu au dessus. Le plus difficile dans ces cas là et avec la mer, c’est de savoir jusqu’où ne pas aller trop loin. En tous cas, nous leur souhaitons à tous les deux, bon vent, soyez prudents et revenez avec de belles histoires de mer.
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