Crepidule
Crepidule © Wikimedia commons
**Crépidula fornicata, quelle bête étrange se cache sous un nom si racoleur ? Un coquillage que vous avez peut être remarqué à marée basse en Bretagne ou Normandie, qui se présente comme une série de gros ongles de plusieurs centimètres, de taille dégressive collés les uns sur les autres. Il doit son nom au fait que les individus du dessus, les plus jeunes sont mâles et fécondent ceux du dessous qui deviennent progressivement femelles. Eh, oui ! le genre, dans la nature n’est pas toujours aussi déterminé que l’on pense !** Ces mœurs étaient sûrement choquantes pour le brave savant qui les a nommés. Connus depuis des siècles en Amérique du nord, il est consommé, et même, si apprécié à Hawaï, pour son goût, dit-on, de noisette mêlée de champignons, qu’il y est en voie de sur-pêche. Or, le crépidule a pris le bateau il y a quelques dizaines d’années via les coques de navires ou les importations d ‘huîtres et s’est trouvé fort bien dans les eaux tièdes du Gulf stream qui baignent nos côte. Le résultat est envahissant. Plusieurs millions de tonnes y prolifèrent, 300 000 tonnes rien que dans la Baie du Mont-Saint-Michel et entraînent une concurrence redoutable pour les autres mollusques, ceux que nous mangeons habituellement, concurrence pour l’espace et la nourriture. Pendant un temps on payait même les pêcheurs pour les débarquer et les faire crever à terre ; Mais Pierrick Clément a eu une autre idée : les manger. M. Clément est un commerçant du genre entreprenant qui adore faire ce que les autres ne font pas du genre, nuggets sans OGM ou pattes de canards jetées en France qu’il commercialise en Chine, et par ailleurs c’ est un grand pêcheur à pied devant l’Eternel. Depuis 1998, l'IFREMER, notre organisme national de recherche avait déjà noté sa chair délicate et sa coquille riche en calcium restait à vaincre de nombreux problèmes techniques et des habitudes qui, quand on parle alimentation en France, sont plus que tenaces . **Un** : mettre au point des méthodes de pêche avec une drague spéciale, ce qui fut fait avec le concours des professionnels conchylicoles bougrement intéressés à se débarrasser des gêneurs. Aujourd’hui pêcher 20 tonnes par jour est faisable. **Deux** : trouver une méthode pour décortiquer la bestiole. Avec sa coquille épaisse un petit coup de chaud comme pour les moules ne suffit pas. **Trois** : obtenir les autorisations de récolte ce qui n’est jamais une mince affaire **Quatre** : intéresser des chefs étoilés à ce nouveau produits. Une rapide poêlée, en sauce, en soupe, façon coquille saint jacques, avec des tagliatelles, en salade, en sushi, en risotto… vous pouvez vous régaler de crépidules ; **Cinq** : explorer les marché, outre la France, l’Espagne, et surtout le Japon et la Chine ont bien l’air de répondre présents. Après six ans d’effort et 1 million d’euros investi, 2014 va voir l’aboutissement d’un tour de table financier et la création d’une unité de transformation. **Résultat si tout va bien :** on régule une production envahissante, on crée des emplois, on exporte et on se lèche les babines…. Que voulez-vous de plus ? Alors, ma chère Fabienne, longue vie aux pêcheurs de crépidules, n’hésitez pas si vous en voyez sur un marché sous le nom de berlingot de mer. C ‘est d’ailleurs sur le site : [berlingot-de-mer.fr](http://www.berlingot-de-mer.fr/ "berlingots-de-mer.fr") que vous en saurez plus si vous voulez. Allez bon vent aux amateurs de berlingots !
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