Cette histoire commence il y a bien, bien longtemps… connaissez-vous Saint Brendan ? Nous sommes au Sixième siècle du coté de l’Irlande. L’abbé Brendan est un personnage influent qui a déjà contribué à la fondation de nombre de ces monastères perdus, accrochés aux cailloux face à l’atlantique. Recevant la visite d’un autre prêtre, celui-ci lui apprend que loin dans l’ouest s’étend un pays magnifique gouverné par la parole de Dieu. Le paradis sur terre, voilà qui vaut le détour ! Ainsi Brendan se met en route avec 17 compagnons, pour un voyage qui dura 7 ans.

Le récit qu’il en fit par la suite est bien connu de tous les férus de traditions gaéliques. Le saint, par ailleurs bon marin, fit fabriquer un curragh, embarcation traditionnelle faite de peaux de bœufs tendus sur une armature de bois, un bien frêle esquif avec lequel il erra d’île en île, toucha la terre mystérieuse et revint ; le tout agrémenté d’innombrables aventures parmi lesquelles, la rencontre d’une gigantesque colonne de cristal en pleine mer, une grêle de roches brûlantes, la confrontation avec des monstres marins et même un pique nique sur un îlot qui manque de se terminer tragiquement lorsqu’il apparaît que cet îlot n’est qu’un dos de baleine qui, incommodée par la chaleur, entreprend de plonger.

Ce récit tenant de la mythologie a en 1976 excité la curiosité de Tim Severin, historien anglais, au point qu’il entreprit de tenter de refaire le voyage de Brendan, par des moyens similaires pour en tester la crédibilité.

D’ordinaire ces expéditions qui revisitent un exploit ancien ne sont pas ma tasse de thé. Ce ne sont que des prétextes pour prouver que quelque chose qui a été fait … est bien faisable.

L’aventure de Tim Séverin échappe à cet écueil car c’est avant tout un jeu sur la piste d’un savoir faire maritime quasi oublié. Au hasard des côtes irlandaises, il retrouve les derniers fabricants de curragh de pêche traditionnels. Il court le Royaume Uni, pour discuter de meilleur tannage possible, celui à l’écorce de chêne, pour s’approvisionner en frêne de montagne, le plus souple et le plus solide. Il faut ensuite retrouver les techniques de laçage et de couture pour arrimer les éléments de la carcasse entre eux, puis les peaux dessus. Bref, une aventure quasi archéologique avant qu’il ne puisse s’élancer avec ses quatre compagnons, direction, l’Ecosse, puis les Féroé, l’Islande et enfin le nouveau monde. La où tout le monde lui prédisait qu’il allait couler à pic, il montre que souvent les techniques les plus traditionnelles, scrupuleusement mises en forme, se comportent mieux à la mer que bien des matériaux modernes. Son récit est aussi un plaidoyer, bien à contre courant, pour la lenteur, la contemplation de la nature et les joies des petites choses. Son écriture est sans forfanterie et se lit comme un roman.

Aucune preuve n’existe que des irlandais aient pu aborder l’Amérique, si ce n’est le récit quelques siècles plus tard des vikings. Réussissant à converser avec les indiens, ils apprennent que des êtres à peaux blanches et grandes barbes qu’ils appellent les tordus ont fréquentés les parages. Saint Brendan et ses compagnons ? on a envie de le croire puisque Tim Séverin nous prouve que c’est possible.

En tous cas « le voyage du Brendan » fait un joli livre d’aventure qui vient d’être édité en français chez Hoëbeke, à emporter absolument si vous prévoyez des vacances écossaises ou irlandaises, et même pour lire dans votre hamac si c’est plutôt le sud qui vous tente.

Bonne lecture donc et bon WE à tous.

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