Est-ce lié à la disparition des espèces dans les fleuves pollués au dernier degré ? En Chine, certains pêcheurs ont su se reconvertir astucieusement et pêchent un nombre non négligeable… d’humains morts. Explications d'Isabelle Autissier.

La pêche au cadavre est en effet devenue une activité à part entière.

Fisherman
Fisherman © Fotolia / Schankz

Les prises sont surtout féminines, campagnardes pressurées au travail, femmes battues, ouvrières exténuées et sous-payées pour qui le fleuve est une solution définitive.

Comme pour toutes les pêcheries, il y a les saisons et les conditions favorables. Une crue va remettre en circulation des corps coincés en amont, une tempête fait arriver les noyés de naufrages accidentels ; le printemps est particulièrement favorable à la collecte des imprudents qui reprennent l’habitude de se laver dans le fleuve alors que les courants sont encore puissants. En toutes saisons,il y a les victimes de maffias, des règlements de comptes, les ouvriers trop revendicatifs , tous reconnaissables aux corps partiellement démembrés. Bon an, mal an, en travaillant bien, ça va chercher dans les 100 à 200 corps par an .

Mais comment en vivre ? Le barème de base c’est 500 yuans (65 euros), ce que paye la police à chaque découverte. Pas une fortune, mais en général il faut se taper la corvée de les incinérer si personne ne les réclame. Enfin… ça paye les frais…

Ensuite, l’instrument de travail c’est l’annuaire des personnes disparues. Pour peu que le séjour dans l’eau n’ait pas été trop long, on reconnaît un visage, un signe distinctif, on évalue un âge. En fouillant un peu, on trouve des papiers d’identité, le badge d’une entreprise. Ne reste plus qu’à contacter la famille pour leur revendre le cher disparu .

Tout pêcheur consciencieux et un tant soit peu humain, aura un éventail de tarifs selon la fortune des familles entre 500 et quelques milliers de yuans. Là il faut un peu de doigté pour négocier au milieu des larmes des proches. Mais, comme le métier n’a pas encore de guide de bonnes pratiques, signalons que certains professionnels n’hésitent pas à pratiquer des prix prohibitifs. On a vu jusqu’à 100 000 yuans . Mais que voulez-vous, chaque profession a ses brebis galeuses.

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