Des clandestins arrivent sur l'île d'Anjouan depuis les côtes africaines en octobre 2013.
Des clandestins arrivent sur l'île d'Anjouan depuis les côtes africaines en octobre 2013. © MaxPPP / Jean Ren Auge/Wostok Press
Un peu d'espoir dans ce monde de sinistrose. Il nous vient d'un marin. Oh ! pas un héros, un type bardé de médaille et coqueluche des médias, non un marin normal. Il a un nom normal, Philippe Martinez, une gueule normale, un peu carrée son bonnet bleu vissé sur la tête, il fait un boulot tout aussi normal de capitaine d’un navire ravitailleur de pétrolier. Seulement voilà, ce type a un peu plus de compassion que la moyenne, en fait, il applique à la lettre l’usage de la marine qui veut que l’assistance en mer soit obligatoire et gratuite quand la vie humaine est en jeu, et il fait cela … normalement, sans en informer la terre entière. Mais il a si bien fait ce boulot qu’il a quand même fini par se faire remarquer car cet été il a sauvé 1840 vies. Oui 1840, avouez que l’on a la légion d’honneur pour moins que cela ! Il faut dire que Philippe Martinez opère au large de la Libye, pays en pleine décomposition où opèrent toutes les mafias. On les a vues ces images de pauvres hères, érythréens, irakiens, nigérians, bengalais, syriens, palestiniens chassés par la guerre et la famine qui mettent leurs derniers espoirs et les économies de toute la famille pour gagner l’eldorado européen. Nous, du bon côté du poste de télé, savons bien que leur avenir ici est à peine plus rose, encore que quand on risque la torture ou la mort d’inanition les restaus du cœur ce n’est peut être pas pire. Bref, Philippe Martinez lui, les a croisés pour de vrais et à une semaine d’intervalle, il a recueilli ces hommes, ces femmes et même ces enfants. Son témoignage est édifiant. Lui, au contraire de certains capitaine n’a pas hésité à s’arrêter en voyant ce bateau de pêche quasi épave croulant sous 600 personnes, une heure et demi avant il avait secouru 111 personnes dans un pneumatique dégonflé et la veille encore 94. La semaine suivant il allait encore en recueillir plusieurs centaines. Il décrit l’entassement ignoble, la faim, la soif, la puanteur, la mort certaine sur des embarcations qui n’ont plus de moteur ou pas assez d’essence. Évidemment aucun moyen de communication et encore moins de gilets de sauvetage. Sous un quelconque prétexte le soi-disant capitaine se fait récupérer au large par un bateau complice et abandonne les gens. Car les passeurs qui escroquent entre 1 000 et 3 000 dollars par personnes lancent ces gens sur n’importe quelles périssoires en leur faisant croire que l’île de Lampédusa est toute proche et que la Méditerranée est un lac. 3 000 personnes ont déjà payé de leurs vies ces actes criminels. Les migrants désespérés sont prêts à se jeter à l’eau si on le ramène en Libye où plus rien ne les attend. Aucune police et aucune armée ne dissuadera jamais des victimes de la faim et de la terreur de tenter d’échapper à leur sort. Philippe Martinez, n’a pas la prétention de régler le problème, il a juste agit en homme et en marin. Si le nouveau PDG de Total, la compagnie pour laquelle travaille notre saint Bernard des mers veut bien féliciter son employé, il fera lui aussi une bonne action. Mais voyez-vous Philippe Martinez n’attend pas après cela, il est encore bouleversé de ces aventures, du regard de ces êtres humains et il a laissé son numéro de téléphone à nombre d’entre eux, juste pour avoir des nouvelles, comme on le ferait avec des amis. Vous avez bien compris, Philippe Martinez est juste normal et c’est bizarre mais ça fait chaud au cœur.
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