On a tendance à penser que seule valent les aventures modernes que l’on couvre souvent de superlatifs. La ré édition d’un film des années 50 nous montre que certains n’ont pas attendu le confort du GPS et du téléphone satellite pour écrire de belles histoires. Ainsi en est-il de l’aventure des « 4 du Moana ». Moana : « l’immensité des océans » en tahitien… tout un programme. Le 29 juin 1954, un petit cotre de 12 mètres s’élançait de Saint Malo. A bord 22 fusils sous marins, 150 harpons, cinq cannes à pêche, deux fusils, une carabine, deux revolvers , deux caméras et six appareils photo ; mais aussi quatre jeunes gens, dont trois plongeurs, bien décidée à vivre leur passion, tout autour du monde. L’instigateur c ‘est Bernard Gorsky . Il vient de publier un livre sur la chasse sous marine en Méditerranée. Par boutade, son éditeur lui dit « pourquoi pas le monde entier maintenant ? »… ; chiche ! Ses compagnons viennent de tous horizons : Serge Arnoux, tahitien et plongeur, Roger Lesage, ajusteur et expert en chasse sous marine, Pierre Pasquier, ingénieur et marin de service. De l’Europe aux Antilles, puis au Pacifique Sud, en passant par la Nouvelle Calédonie et la mer Rouge, le petit voilier, sur lequel, certains ne traverseraient pas la rade de Brest, fait sa route pendant deux ans.

Il y a le coté paradisiaque : des fonds marins qui ne sont pas encore ravagés, des animaux qui les approchent innocemment, des pêches miraculeuses comme cette loche de 160 kg ; des rencontres époustouflantes comme le rare requin léopard sur lequel ils se payent le luxe de faire du cheval, ou dangereuses comme le requin tigre qui manque de faire chavirer leur annexe.

Il y a les galères à commencer par celle de faire cohabiter quatre fortes personnalités, entassés dans 9 mètres carrés ; les fortunes de mer, quand on déchire à répétition les voiles en coton, que l’on se retrouve perdu dans la brume, ou que l’on manque de s’échouer sur des récifs. Du coté de Tahiti, ils doivent même se renseigner à terre pour savoir sur quelle île ils ont abordé. Il y a aussi la caisse du bord, perpétuellement vide qui les obligent à s’instituer moniteurs de plongée, vendeurs de poisson, conférenciers ou reporters.

Leur tendance à tirer sur tout ce qui se promène dans l’eau, pourra choquer les défenseurs actuels de l’environnement, autre temps, autres mœurs ! A une époque où les océans rengorgeaient tant de poissons de toutes tailles, il ne leur venait pas à l’idée que la vie marine puisse être fragile.

Deux événements ont remis à l’honneur les 4 du Moana. L’association « aventures pluriel » à Cagnes sur mer, a entamé la rénovation du brave bateau qui a été classé « d’intérêt patrimonial » et le film rapporté de leurs navigations ressort en DVD chez Gaumont. Quand au livre qui fut un best seller réédité 52 fois, il vous reste internet pour vous le procurer.

Moralité : un projet, quelques têtes bien faites, un peu de courage et de faibles besoins….. la recette n’est pas nouvelle et elle continue à fonctionner. Avis à ceux qui veulent s’en inspirer.

Allez, je vous laisse rêver à vos prochaines aventures.

Bon WE a tous

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