La Volvo Océan Race, le tour du monde en équipage, ne fait pas grande recette médiatique en France, bien que nous ayons un skipper français sur un bateau chinois. Mais ce n’est pas de lui, encore qu’il se comporte plus qu’honorablement, que je veux parler, mais d’un épisode de la course qui a quand même défrayé la chronique : l’échouement du concurrent danois : Team Vestas Wind. Je précise que l’on dit bien échouement au contraire d’échouage qui est une opération volontaire, celle-ci ne l’était absolument pas.

Reprenons, nous sommes dans la nuit du 29 au 30 novembre. Le bateau file à 19 nœuds, une vitesse plus qu’appréciable, mais fréquente sur ces unités ultra sophistiquées de près de 20 mètres de long. La nuit est d’un noir d’encre dans l’océan Indien, mais rien pour impressionner le quart de 4 hommes de veille sur le pont. Ils sont second de cette étape qui les mène d’Afrique du Sud à Abu Dhabi et sans doute rêvent-ils encore à une victoire possible. Fatigués, sûrement, mais c’est leur lot courant. Ce sont des professionnels de la course au large, sélectionnés, entraînés. Leur skipper,Chris Nicholson n’est pas un perdreau de l’année. Il en est à sa cinquième participation dans ce qui est considéré comme l’une des épreuves les plus difficiles au monde.

Tout à coup, un effroyable choc précipite tout le monde par terre. Le bateau s’est arrêté net, sur le récif de corail de Saint Brendan, un caillou paumé à quelques 400 kilomètres de l’île Maurice. Le film pris sur le vif par la caméra automatique, montre bien, la panique, les hurlements, l’incompréhension, et oui, … même chez des pros. Secoués par les vagues qui s’écrasent sur le corail, le bateau s’éventre. Pourtant pour des raisons de sécurité, il faut attendre le petit jour pour mettre le zodiac à l’eau et atteindre le petit lagon où l’équipage sera récupéré sain et sauf deux jours plus tard.

Que les marins qui ne se sont jamais échoués leur jettent la première pierre. Mais comment est-ce possible sur des unités bardées de ce que l’on fait de mieux en électronique : GPS, cartographie numérique, positionneurs ultra précis, le tout managé par un navigateur entièrement dévolu à cette tâche. …. Juste un peu trop de technologie, semble-t-il ! Sur une bonne vieille carte en papier, on ne peut pas louper le récif, s’il est de la taille d’une chiure de mouche, son nom attire déjà forcément l’œil. Mais sur une carte électronique, avec un zoom minimal, l’information passe à l’as. Ainsi, notre navigateur, qui avait peut-être un peu sommairement préparé son étape, a tout simplement loupé l’information. Ne dézoomant pas systématiquement devant sa route, il n’a vu Saint Brendan… qu’en rentrant dedans à vive allure.

Moralité N°1: on n’est jamais à l’abri nulle part quand on navigue.

Moralité N°2 : les perfectionnements électroniques ne doivent être considérés que comme des aides à la navigation et on doit faire tout sauf les croire sur parole.

Moralité numéro 3 : une bonne vieille carte en papier ce n’est pas que joli et plein de nostalgique, ça peut encore être utile.

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