Coucher de soleil à El Golfo
Coucher de soleil à El Golfo © Guido Cozzi/Atlantide Phototravel/Atlantide Phototravel/Corbis

Votre invité vous entretient de l’influence du beau sur l’être humain. Il a bien raison. Je vais me glisser dans ses pas, élargir peut-être le propos, au «beau » de la nature. Je vous déjà signalé que le très sérieux « centre européen de recherche sur la santé humaine et l’environnement » avait prouvé grâce à des IRM que la seule vision de la mer excitait les centres cérébraux de la tonicité, de l’attachement et réduisaient la sensation de douleur . Sans même aller chercher ces expérimentations scientifiques, est ce que nous ne savons pas tous que le spectacle de la nature, nous apaise, nous délasse, nous rend euphoriques, nous laisse à penser et à rêver.

Mais la mer a ceci de particulier que c’est un « spectacle total » en quelque sorte. Elle excite la vue, mais sollicite aussi l’ouïe, l’odorat, le toucher. Couchez-vous sur le pont d‘un bateau ou simplement d’une plage, la nuit ( pourvu que monsieur le maire ait la bonté de ne pas allumer trop fort les réverbères). Regardez les étoiles, cet infini du cosmos, écoutez le chuchotement des vagues contre la coque ou sur les galets, respirez ce léger parfum d’iode, sentez le sable s' égrenez dans vos doigts ou la rugosité d’un cordage . Faites la même expérience de jour, avec les vagues qui battent sans relâche, les nuages qui se font et se défont formant des fantasmagories. N’avez-vous pas, alors un sentiment de quiétude, d’équilibre, de plénitude ?

Trois baigneurs sur une serviette sur le pont du navire (ca. 1930 - 1959)
Trois baigneurs sur une serviette sur le pont du navire (ca. 1930 - 1959) © Bettmann/CORBIS

On a beaucoup glosé en France sur la proximité orthographique entre mer, l’élément et mère, au sens maternel . Ce n’est pas vrai dans toutes les langues, mais ce qui est sûr c‘est que l’élément liquide, le balancement d’une coque ne peuvent qu’évoquer la vie prénatale supposée idyllique. Le rythme des vagues évoque la pulsation cardiaque. Plus encore, la densité du corps humain avoisine celle de l’eau de mer et rappelle l’océan fécond qui permit à la vie de se développer, il y a des milliards d‘années. Nous voilà rattachés à l’univers, partie d’un tout vivant. Tantôt le spectacle de la mer est calme et amène à une douce béatitude, tantôt il est furieux et incite à s’émerveiller de sa puissance. Dans tous les cas, il ne laisse pas indifférent et l’on ressort toujours régénéré de la fréquentation de la grande bleue.

J’ai souvent ressenti qu’à chaque état de la mer correspondait une musique: plus légère, plus mélancolique, plus tonique, plus grandiose. C’est une autre façon de ressentir ces correspondances intimes entre l’océan et l’homme au plus profond de son psychisme.

Bref les vacances au bord de la mer devraient être remboursées par la sécurité sociale . Si nous habitons trop loin pour aller y naviguer ou y passer un moment, et puisque rien que la voir nous rend heureux, n’hésitons pas à en afficher photos, tableaux et reproductions qui seront autant de petites respirations dans le quotidien. Elle a tant inspiré peintres et photographes qu’il n’y a que l’embarras du choix.

Rochers à Port - Goulphar par Claude Monet
Rochers à Port - Goulphar par Claude Monet © Christie's Images/Corbis

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