Dans les criées aux poissons, les prix s’établissent tous les jours différemment selon l’abondance des espèces, leur qualité et les besoins de la consommation. Mais pour protéger les pêcheurs des chutes des cours durant les ventes, un système de rachat a depuis longtemps été mis en place au niveau européen et national. Si le prix baisse au-delà un certain montant, un organisme d’intervention rachète le poisson à un prix minimum pour le pêcheur, aux environ de 50 centimes du kilo et le détruit pour que, théoriquement, il ne vienne pas perturber le sacro saint jeu de l’offre et de la demande. Beau gâchis me direz-vous à l’époque où les ressources marines sont déjà tellement sous tension, une sorte de prime à la destruction plaident certains.

Il y a bien longtemps, alors que je gérais des formations maritimes, il m’avait fallu batailler presque deux ans pour avoir le droit « d’emprunter » ces surplus pour faire faire des travaux pratiques à mes élèves, évitant ainsi de lourdes charges d’achat de poissons à l’établissement scolaire. A la fin des séances, filets de poissons et déchets étaient soigneusement pesés pour vérifier que rien n’avait été soustrait puis détruit. Au cours d’une année supplémentaire j’avais pu convaincre que si, en fin de séance, les étudiants remportaient chez eux des filets de poissons plus ou moins réussis par ailleurs, cela ne désorganiserait pas le marché. Il n’ y a évidemment de concurrence entre un poissonnier qui vend de la lotte à des gens qui ont le bonheur d’avoir le pouvoir d’achat pour cela et la distribution de surplus à des personnes qui ne fréquentent plus depuis longtemps les poissonneries.

Aujourd’hui, avec les difficultés économiques grandissantes, quand des franges entières de la population ne peuvent se payer de produits de la mer, pourtant excellents pour la santé, le gaspillage du système des retraits et destructions était devenu de plus en plus irrationnel. Depuis 1997 l’association des « paniers de la mer » a donc entrepris d’y remédier. Sur l’initiative d’organisations caritatives soutenues par les élus, c’est à Loctudy, joli port de Sud Bretagne que tout a démarré. A la fin de la criée, un responsable des paniers passe chercher les invendus promis au bleu de méthylène. Ceux-ci sont traités dans des ateliers de mareyage par des chômeurs en formation supervisés par les employés du mareyeur. Lotte, cabillaud, maquereau, dorades et j’en passe, sont nettoyés, mis en filets et surgelés, puis, chaque semaine, récupérés par la banque alimentaire pour être redistribués. Une manière intelligente de rassembler soutien à la profession maritime, formation et apports nutritionnels. L’initiative fait tâche d’huile. En 2008, pas moins de 173 tonnes de produits de la mer ont ainsi pu profiter à des gens en grande difficultés. Une sorte de seconde vie du poisson, en quelque sorte.

Récemment une rencontre nationale a prouvé que le mouvement s’élargissait encore. Lorient, Boulogne, Saint Brieuc, Saint Nazaire, la Rochelle ont monté leurs « paniers de la mer » et il faut espérer que ce n’est pas fini. Un peu de bon sens ne fait pas de mal par les temps qui courent. Ceci est donc un appel aux ports et professionnels de la pêche qui n’ont pas encore monté leur « panier ». Il est toujours temps de bien faire.

Allez, bon vent aux poissons et à ceux qui les mangent!

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