Ca y est ! On les a retrouvés ! Cela fait 168 ans que l’on attend cela et ça n’a pas fait une ligne dans la presse française, mais c’est le premier ministre canadien lui même qui a annoncé fièrement la nouvelle : On a retrouvé l’Erebus ou le Terror. C’est donc l’un des plus grands mystères maritimes de tous les temps qui est résolu, à peine moins que le Titanic.

Reprenons : en 1845, l’Angleterre au fait de sa gloire maritime, décide d’en avoir définitivement le cœur net sur la possibilité de rallier la Chine et le Japon en passant par le nord du Canada, ses îles mystérieuses et ses glaces légendaires.

Au mois de mai, l’Erebus et le Terror, montés par des marins triés sur le volet appareillent sous les vivats de la foule. Nul ne doute que le grand explorateur Franklin, un homme déjà âgé, mais aux états de services prestigieux, ne va apporter cette gloire aux anglais.

Au mois d’août, les deux navires s’engagent en baie de Baffin à la recherche d’un passage. On ne les reverra plus vivants.

A cette époque sans radios ni balises de détresse, il faudra 3 ans pour que l’on commence à s’inquiéter. Mais le prestige de l’aventure va inciter la marine anglaise à envoyer 22 expéditions de secours, dont 5 seront financées par la riche Lady Franklin elle même.

Par le Pacifique, par l’Atlantique, au Nord, au Sud des îles, des centaines de marins vont ratisser la zone sans succès, découvrant au passage de nombreuses terre et même le fameux passage tellement encombré de glaces qu’on le jugera sans intérêt, occasionnant aussi quelques naufrages homériques. Bref, la recherche de l’Erebus et du Terror prennent la dimension d ‘une légende. On en fait des livres, des films et des poèmes.

Au cours des ces 10 années, nul ne s’est avisé de parler avec les Inuits locaux, des moins que rien, des quasi sous hommes, voire des anthropophages. C’est pourtant en les écoutant que le docteur Ray va commencer à dénouer le mystère. Car oui, il y a bien eu anthropophagie. On retrouve d’abord dans un cairn - un monticule de pierre - sur l’île du roi William, une lettre expliquant les deux navires sont bloqués depuis deux ans par les glaces, que Franklin est mort en 47, que l’équipage succombe peu à peu à un mal mystérieux et que 105 survivants, affamés partent pour tenter de rejoindre la côte et un établissement canadien. Puis on met à jour des objets et des restes humains qui ne laissent aucun doute sur cette retraite effroyable où, peu à peu, les désespérés vont céder au cannibalisme. Le choc est immense en Angleterre de penser que le fleuron de ses marins a pu se livrer à de telles pratiques.

A partir de 1981, et plus encore en 1994 quand on retrouve trois tombes et des corps en parfait état dans la glace, une partie du mystère est levé. Le mal inconnu était une intoxication au plomb ingurgité à cause de conserves mal serties.

Depuis 2008, le gouvernement canadien, en partie pour lever la formidable énigme et en partie pour affirmer ses droits nationaux sur ces passages, a déjà passé au peigne fin 1200 km carrés de côtes.

Par hasard, parce que la glace a contraint cette année, les navires de recherche à se retirer vers le Sud. C’est là qu’un drône porteur d’un sonar a pu prendre un cliché saisissant de l’Erebus, gisant tout droit et à peine démantelé dans 11 mètres d’eau.

Les fouilles révèleront sûrement beaucoup de la fin tragique de l’une des plus grandes expéditions polaires.

Alors, ayons une pensée pour ces marins courageux et leur terrible destin…

L'équipe
Mots-clés :
(ré)écouter Les récits d'Isabelle Autissier Voir plus
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.