Je vous sens un peu traumatisés… et jeter un coup d’œil le matin à votre baromètre en vous demandant si ça ne va pas recommencer… cet épisode de tempêtes hivernales que nous avons subi. Est-il extraordinaire ? Non en 1990 c’était pareil et même en plus violent, disons que ce n’est pas fréquent d’avoir 20 tempêtes en si peu de temps. Il semble que les vents d ‘altitude, les fameux jet streams avaient cette année une trajectoire en S au lieu d’une belle ligne droite dans l’Atlantique nord ; ils présentaient un ventre vers le sud autorisant une invasion froide aux Etats Unis ou les gens se sont gelés avec des –30 ° ; mais au contraire une courbe vers le nord en Europe occidentale. Les dépressions qui suivent sa bordure sont donc passées en France, comme elles le font d’ordinaire en Irlande ou en Ecosse. Dans le même temps, elles ont amené un hiver très doux pour le bonheur de notre porte monnaie question chauffage, mais l’inquiétude des agriculteurs qui pensent que les parasites n’ont pas été détruits par le gel.

Est-ce relié au réchauffement climatique, les experts s’interrogent car faire le lien entre un événement rare et un phénomène global est difficile. Le GIEC, le groupe mondial sur l’étude du climat, ne prévoit d’ailleurs pas d’augmentation des tempêtes dans les latitudes tempérées mais plutôt tropicales. Ce qui est sûr et a fait le plus de dégâts c’est la montée des eaux. Ces 20 dernières années le niveau moyen des mers est monté deux fois plus vite que les cent dernières. Et ce n’est pas fini, tant que durera notre addiction aux ressources fossiles et donc l’effet de serre. Selon notre sagesse ces niveaux croîtront de 26 cm à 1 m en 2100, peut-être pire si la fonte du Groenland s’en mêle. La cause majeure est le réchauffement des eaux de surface qui conduit inexorablement à leur dilatation. Mettez ne serait-ce que 50 cm en plus et la carte des côtes et des risques associés commence à prendre une vilaine tête sur le littoral français. Mais là, nous pouvons nous préparer car nous connaissons les causes et avons le pouvoir d’intervenir. Trop d’artificialisation du littoral qui empêchent les eaux de se répandre dans des zones naturelles, sans danger pour les hommes. Trop de constructions en partie basse sur le littoral dans des endroits où nos anciens auraient à peine édifié une bergerie. Trop d’assèchement des zones humides, de destruction des haies, de rectification des cours d’eaux qui avaient un formidable effet tampon en retenant les pluies d’hiver. Tous ces aménagements faits au nom du progrès se retournent contre nous. Nous ne lutterons pas en érigeant un mur en béton sur tous les littoraux de France. La force de la mer est bien supérieure. Mais la bonne nouvelle est que ce que nous avons fait d’une certaine manière, il ne tient qu’à nous de le faire autrement. L’exercice est périlleux mais indispensable : comment organiser le recul ? Ou plus exactement qu’est-il indispensable de défendre mordicus à coup de béton et où peut on transférer les habitations et les activités économiques pour les mettre en sûreté. Là, les réponses varient selon les territoires. Il y aura des villes à protéger et d’autres à modifier. Si nous ne le faisons pas, les compagnies d’assurance s’en chargeront en faisant augmenter les primes au prorata des remboursements de catastrophes. Il est aussi urgent d’arrêter les permis de construire dans les zones à risques qui créent les problèmes de demain. Une construction, normalement c’est pour quelques dizaines d’années, la plupart sont même censées passer le siècle. Autant réfléchir tout de suite avec les données que nous avons la chance d ‘avoir à notre disposition. Ca n’est peut être pas drôle, mais les épisodes de submersion encore moins.

Eh non, nul ne sait arrêter la mer !

L'équipe
(ré)écouter Les récits d'Isabelle Autissier Voir plus
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.