Bateau en Finlande à l'embouchure de la rivière Aura
Bateau en Finlande à l'embouchure de la rivière Aura © Hemis/Corbis
**Dans le temps c’était mieux ! C’est bien connu. Appliqué à la marine cela a donné lieu, depuis plusieurs décennies à un mouvement rétro à tendance souvent régionaliste. Dans tous les recoins de la côte, on s’est mis à retaper ou à reconstruire, barques de pêche, pointus méditerranéens, bisquines cancalaises, l’Hermione de La Fayette et j’en passe. Cette tendance qui connaît son apothéose avec les fêtes de Brest est toujours bien vivante, mais une autre apparaît de plus en plus fréquemment : celle de la navigation minimaliste.** Ce genre de navigation privilégie les petits, voire tout petits navires, le plus simple possible, ce qui ne les empêche pas, parfois de faire de grandes choses. Cette philosophie fut développée dès la fin du XIXe par le premier tour du mondiste en solitaire Joshua Slocum ; Mais son navire, 11 mètres passerait pour un monstre aujourd’hui. Car depuis nous avons vu les jumeaux Berque traverser l’Atlantique sur une pirogue à balancier de 4 mètres, à la seule lueur des étoiles, Sven Yrvind le papy suédois et sa balade aux Antilles sur une unité de 4,60 mètres de sa fabrication qui concocte maintenant dans son garage un bateau de 3 mètres pour faire le tour du monde. Dans la série circumnavigation d’ailleurs Alessandro di Benedetto a réalisé une première en 2010 en bouclant le parcours sur un monocoque de couse de 6,50 mètres. Dans un autre style, toujours minimal, Corentin de Chatelperron arrivant du Bangladesh à bord de Tara Tari, sloop de 9 mètres construit en fibre de jute selon des traditions locales, ou Antoine Boudin proposant pour 1000 euros un dériveur en roseau de Provence de la taille d’un lit (140 par 190 !). Cette année le théoricien, en quelque sorte de la discipline l’anglais Charles Taylor, qui se promène sur sa jonque de 6 mètres des Açores au Groenland, a remporté le prix et un grand succès d’estime au salon du livre de Concarneau avec le récit de ses navigations. Notre héros de la course au large, Loïck Peyron lui-même, va s’aligner à la prochaine route du Rhum sur un sister ship du trimaran qui a permis à Mike Birch de gagner l’épreuve de 1978 délesté de plus d’une grande partie de sa technologie. Et ce ne sont là que quelques exemples car de plus en plus de projets se mitonnent avec plus ou moins de bonheur dans les arrière-cours. Mais que cherchent-ils donc ? Bien sûr, il y a les fauchés, de plus en plus nombreux, crise financière aidant, ou ceux qui, pour garder leur liberté, ne veulent dépendre ni de l’argent, ni des sponsors. On trouve aussi les fascinés par les techniques anciennes rêvant de comprendre comment les Polynésiens ou les Vikings traversaient les océans. De plus en plus des marins écolos soucieux de naviguer avec une empreinte minimum dont ils pressentent qu’elle détruit cet océan qu’ils aiment, ceux que la surconsommation et la débauche de technologie ulcèrent, quand on peut goûter un coucher de soleil en mer avec si peu. Ce qu’ils ont en commun : une envie d ‘authentique, d’aventure personnelle, de remise en cause. Mais attention naviguer à minima est moins confortable, plus difficile voire dangereux. Ceux qui réussissent ne sont ni des têtes brûlées, ni des va-t’en guerre, mais des marins confirmés, souvent doublés de bons bricoleurs des gens organisés, voire méticuleux. N’est pas minimaliste qui veut. Enfin, si j’en croise quelques uns cette année, je ne manquerais pas de vous tenir au courant de leurs aventures, pas toujours si folles que cela.
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