Icebergs
Icebergs © corbis / © Hans Strand

Figurez-vous qu’aujourd’hui, un cargo peut naviguer dans les mers arctiques avec les mêmes normes qu’en Méditerranée. On imagine pourtant que les risques ne sont pas tout à fait les mêmes. La glace, bien sûr, le mauvais temps fréquent accompagné de vents et mers forts, les très grandes distances à parcourir, coté russe comme coté canadien, sans qu’il n’y ait d’abris ou de ports convenables, l’obscurité six mois de l’année. À quoi il faut ajouter les récifs et autres bancs de sables inconnus, songez que près de 80% des îles canadiennes ne sont pas précisément cartographiées. Plus insidieux les effets du froid qui produisent des phénomènes de givrage des superstructures risquant de faire chavirer un navire ou endommageant les coques, les bouchons de glace empêchant le fonctionnement des pompes ou des extincteurs. Bref la liste est longue des dangers particuliers de ces mers avec les conséquences que l’on imagine sur ….. les prime d’assurances ! Ce qui n’est pas la moindre des conséquences pour certains.

Or, on en a déjà abondamment parlé, la banquise du Grand Nord fond inexorablement sous l’effet du réchauffement climatique. En 30 ans, cette banquise d’été a diminué des deux tiers et ce n’est pas fini. Le trajet entre l’Asie et l’Europe du nord pourrait se voir raccourci de près de 40 % , avec de juteuses économies en perspectives. Mais l’ouverture de ces mers polaires c‘est aussi vraisemblablement de nouveaux navires de pêche et de touristes amateurs d’exotisme froid. Le 26 août 2013, le premier navire chinois, le Yong Sheng a emprunté le passage du Nord-Est ,sous la garde grassement rémunérée de bateaux russes. De plus la découverte d‘immenses réserves de pétrole et de gaz dans ces mers augmente chaque année le trafic, au total 1000 navires l’année dernière.

Risque pour les équipages, bien sûr, mais aussi pour un environnement particulièrement fragile comme tous les écosystèmes froids. On se souvient du naufrage de l’Exxon Valdez en Alaska qui fut un désastre, dont les espèces marines n’ont pas fini de se remettre, et coûta plus de 4 milliards de dollars.

L’Organisation Mondiale Maritime a donc décidé de faire quelque chose, enfin ! Les discussions devraient pouvoir se clore cette année pour entrer en vigueur en 2016. Il s ‘agit de s’attaquer aux questions de sécurité, à la formation des équipages, à la prévention des pollutions, et à un système de certification des navires et enfin de définir un système de veille et de déclarations pour les bateaux se baladant dans la zone.

Dans ce projet de « code polaire », beaucoup de bien donc, mais quelques regrets : la question du largage des eaux de ballasts, ces cuves remplies pour stabiliser les navires et dont les eaux sont souvent porteurs d’espèces dramatiquement invasives, n’est pas abordé, ni l’interdiction des fuels lourds qui font tant de dégâts quand ils se répandent en mer ou les émissions de particules fines qui déposées sur la glace vont contribuer à la fonte de la banquise.

Reste à ce qu’il n’y ait pas de catastrophe d’ici 2016 … priez avec moi...

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