Alors les égyptiens, étaient-ils de bons marins ?

On a coutume de se les représenter dans leurs barques fabriquées avec des fagots de tiges de papyrus, et c’est vrai que cela ne fait pas trop sérieux, sauf pour pêcher sur le Nil. Mais disons à leur décharge, qu’ils avaient un vrai problème : pas de bois ! En tous cas pas de ces beaux troncs qui vont donner la maîtrise de la construction navale à d’autres peuples. Alors on se débrouille, dès l’ancien empire, on réussit le tour de force de construire des navires de plus de 40 mètres de long avec de petits bouts de bois cousus ensemble. En 3500 avant notre ère il existe des voiles et dès 2500 avant J.C., l’Egypte a déjà une flotte en Méditerranée, comme en atteste les troncs de cèdres qui n’ont pu être ramené que par mer de Phénicie. En fait le pays est magnifiquement positionné, ouvert sur la mer rouge et la Méditerranée, desservant, grâce au Nil, tout l’arrière -pays jusqu’à l’Afrique.

La grande affaire était de naviguer jusqu’au pays de Pount, une destination encore mystérieuse aujourd’hui. Etait-ce le Yémen ? Le Soudan ? la Somalie ? En tous cas un pays de cocagne d’où l’on ramenait des résines aromatiques, des bois et des animaux rares, du khôl, des défenses d’éléphant et même des queux de girafe et d’hippopotame dont j’ignore à quoi cela pouvait bien servir !

La reine Hatchepsout y envoya au moins cinq navires de charge. L’un d’entre eux a été reconstruit, inspiré du bas-relief d’un temple. Le navire immatriculé à Séte, mesure plus de 20 mètres, pour 30 tonnes de déplacement, un beau morceau !

AU fil des siècles, on voit l’art maritime se perfectionner, le gouvernail devient central, les gréements sophistiqués font leur apparition, les voiles plus larges que hautes assurent une meilleure stabilité. Bref les égyptiens sont prêts pour la grande aventure. En 600 avant J.C. , le pharaon Nékao II aurait envoyé un équipage faire, rien de moins que le tour de l’Afrique ; 25 000 km, qui auraient été couverts en 3 ans, avec une technique à toute épreuve. On navigue en été et à l’automne avec des vents favorables et quand le mauvais temps arrive, on s’établit à terre, on plante, on attend la récolte, puis on repart. Les marins témoignent d’un prodige : à un moment le soleil est à leur main droite …. Ils auraient donc bien passé au moins l’équateur.

La traversée de l’Atlantique, par contre est peu probable, même si l’ethnologue Thor Heyredahl a effectué cet exploit avec un navire égyptien, plus ou moins reconstitué.

Bref, l’Egypte a été un grand pays maritime, avec des ports, des chantiers navals, des systèmes d’assurance et d’enregistrement des navires et, forcément, des bars à marins. Mais là nous n’en avons pas trace.

Mais le problème du bois d’œuvre va rester le handicap majeur, surtout quand le pays voudra se lancer dans la construction de nombreux navires de guerre. Rome va s’imposer sur les mers et la marine égyptienne ne restera dans nos mémoires que comme la pirogue d’apparat sur laquelle Cléopâtre séduit César, mais cela est une autre histoire.

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