Je suis sûre que vous connaissez l’américain David Vann. Il s ‘est fait connaître en France avec Sukkwan island, une terrible histoire de dérive d’un père et d’un fils dans une île d’Alaska, des pages magnifiques sur la mer, ses couleurs, ses vents, la solitude et la sauvagerie des paysages… mais qui se finit très mal … je n’en dis pas plus pour ceux qui ne l’ont pas lu… Ce qui m’a intéressé ce soir, c’est que ce David est un authentique marin, c’est même la mer qui l’a mené à la littérature.

Étudiant brillant, il rêve de devenir écrivain mais cale pendant 10 ans sur ce premier roman à caractère un peu autobiographique. Il a découvert la dureté de la mer de Béring avec son père qui se rêvait marin pêcheur et y perdit toutes ses économies. Le jeune David, lui y avait au moins gagné la fascination de l’océan. La voile viendra plus tard et ne tarde pas à être une passion. Elle le lui rend bien car c’est au cours d’une traversée de San Francisco à Hawaï que vient enfin le déclic et que la nuit pendant son quart, l’ordinateur scotché par du velcro, il fait enfin la paix avec son passé et réussi à écrire. Assistant de littérature à l’université de Stanford, il décide ensuite d’emmener ses étudiant vivre le même genre d’expérience. Un huis clos sur l’océan, le partage de l’expérience maritime, les vagues pour inspiration. Durant plusieurs années, va alterner son métier officiel et celui de skipper. Sous son air de jeune homme frêle, il a de la suite dans les idées, mais peut être pas toujours un bon jugement. Fort de sa première expérience il décide de construire un catamaran de 20 mètres en aluminium , se fait bricoleur, soudeur… Las son financeur le laisse tomber et lui, abandonne ce premier rêve pour un autre : un bateau de même taille à terminer en Turquie. Le voilà qui plaque une Amérique dont le repli sur soi l’exaspère, coupe ses dread locks pour se donner un air de respectabilité, devient marin à plein temps et enchaîne les charters. Deuxième tuile, sa belle goélette coule au Maroc. Il n’en tirera qu’un petit récit bien nommé « la désastreuse histoire d’une carrière maritime » Qu’à cela ne tienne, notre marin qui vient péniblement de publier Sukkwan island, sans beaucoup de succès, s’attaque à la construction d’un multicoque de 15 mètres. A nouveau chantier et poste à souder ; le résultat est un navire qui obtiendra le prix du plus affreux bateau de croisière charitablement décerné par une revue américaine. Il ne naviguera pas avec , cela valait peut être mieux pour ses fans.

Car entre temps, la France lui offre la consécration avec le prix Médicis étranger. Posant le bleu de travail, il s‘installe un moment en France et … achète un voilier pour des ballades en méditerranée. Le succès devenant international, il n’ a plus de peine ensuite à revenir à sa passion avec un plus grand multicoque. Certes il regrette de ne pas naviguer sur un navire construit de ses mains. Mais entre les tracas d’un chantier, sa fatigue, ses déceptions et l’investissement littéraire, le choix est fait. En tous cas provisoirement. On ne peut pas faire les deux à la fois. Il y a un peu de Jack London chez cet homme. Marqué par des drames d’enfance, révolté par la société américaine, apaisé par la mer, touche à tout et poursuivant son étoile. Comme lui, c’est dans le carré d’un voilier que chaque jour, maintenant, il s’astreint à deux heure d’écriture quotidienne. C’est selon lui la vie idéale : vivre sur un bateau et écrire. Je ne vais pas le contredire. Un deuxième roman « désolation » reprend cette même atmosphère de nature en Alaska, l’état que les américain appellent « la dernière frontière ». Non seulement Vann est un « nature writer » mais il est même un « marine nature writer ».

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