Les drones de Venise

D’intelligence artificielle il en est aussi question dans les océans. Des drones sous-marins pour la recherche, des robots à grande profondeur pour effectuer des tâches que sont les ROV, tout cela existe déjà. Des humanoïdes capables d’intervenir sur les navires en flammes par exemple, quand les hommes n’ont plus d’accès, sont aussi à l’étude. Mais tous sont directement pilotés par les hommes. Je parle ici d’un projet où les robots ont une forme d’autonomie et qui va se mettre en place dans la lagune de Venise dès le mois d’avril. Le projet s’appelle Subcultron, d’accord le nom n’est pas très sexy.

Il se compose de 120 éléments : des moules artificielles, posées sur le sédiment, enregistrent les paramètres de la qualité des eaux. Ouvrant leurs coquilles, elles perçoivent les courants et sont capables de se déplacer en les utilisant. En surface des nénuphars artificiels d’1,5 m² sont chargés de fournir l’énergie grâce à des panneaux photovoltaïques. Entre les deux, des poissons robots font la navette, apportant l’énergie et recueillant les données. On a donc trois « populations » qui échangent comme dans un écosystème. La communication entre les éléments est autonome et les algorithmes qui y président sont inspirés de ce qui se passe dans une population d’insectes. Une forme de bio mimétisme qui s’applique à des interactions sociales et à grande échelle. Les chercheurs, dont le laboratoire de l’Ecole des Mines de Nantes, espèrent que l’autonomie de ces interactions va faire émerger des comportements nouveaux : gestion de la décision, mémoire, gestion de l’énergie, des conditions météo, des marées et ce, pour toute la communauté… comme cela se produit dans l’évolution d’un véritable écosystème. Sur ce sujet, nos savants s’attendent à bien des surprises car l’adaptation à la lagune de Venise lui sera spécifique. Dans un autre lieu, les adaptations seraient différentes.

Poursuivant dans le sens du bio mimétisme, les moules et les poissons artificiels sont dotés, à l’instar des anguilles ou des poissons torpilles, d’un sens électrique, qui doit permettre à tous de percevoir des lignes de courant que chacun émet. Ce qui leur donne une sorte de vision tridimensionnelle pour se localiser.

Avantage de ce procédé en réseau, chaque élément a un coût modique et la défaillance de l’un n’entraîne pas la fin de l’expérimentation. 4 millions d’euros ont quand même été prévu pour les quatre années à venir.

Tout cela donc pour étudier la température, la salinité, la clarté des eaux, l’impact de la saison touristique et espérons-le prendre un jour les mesure de protection que ce lieu prestigieux et malmené impose. Mais bien sûr aussi faire progresser une nouvelle forme de robotique « collective ».

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