Dans la catégorie des excentriques attirés par la mer, il y a ceux qui veulent toujours plus grand, plus gros et ceux qui préfèrent le minimalisme. J’avoue avoir un faible pour ces derniers qui prouvent que l’on peut se faire de très grands plaisirs avec de très petits bateaux. J’ai donc été satisfaite de voir que le livre « Mingming et l’art de la navigation minimaliste » avait reçu le prix du festival de livre maritime de Concarneau. De quoi s’agit-il ? L’anglais Roger Taylor a plus une tête de Woody Allen que de vieux loup de mer, avec sa calvitie et ses grosses lunettes. Jeune homme, il a fait naufrage sur l’Endeavour 2, réplique du bateau de James Cook et en a, on le comprend, conçu une aversion pour les gros voiliers. Affinant le proverbe « petit bateaux, petits soucis », il a cherché à concevoir le navire le plus simple capable quand même de traversées océaniques. Le résultat s’appelle Mingming, 6,32 mètres, gréement de jonque, à l’intérieur à peine un réchaud et une couchette, du genre avec lequel vous hésiteriez déjà à traverser la rade de Brest pas mauvais temps. Pour préparer son bateau, il commence par se demander ce qu’il n’emmène pas, recycle ce qui lui tombe sous la main pour bricoler le bateau et surtout tient en horreur les mille appareils qui font le quotidien des salons nautiques.

Pourtant avec ce fier navire et surtout une grosse dose de sens marin, Roger parcourt tous les ans quelques milliers de milles au grand large. Car la particularité du personnage est qu’il n’aime pas ou n’a pas besoin de la terre. Il ne fait donc pas d’escales pendant ses deux mois rituels. Il adore les mers froides, ses lumières brouillées, ses eaux sombres et ses voyages l’ont mené autour de l’Islande, vers le Groenland ou le Spitzberg. Son vrai plaisir est d’avoir l’horizon à 360 °, quand il est blotti dans son trou d’homme qui le protège à peine du froid et de la mer. Il aime se sentir « dedans », en harmonie totale avec l’océan, lui et son bateau, d’ailleurs il dit « nous » pour parler du couple qu’il forme avec Mingming. Son récit, ce sont donc des pages lentes, où son œil de peintre et son oreille de musicien amateur se régale des moindres événements. Ennemis de la contemplation s’abstenir, voilà comment il parle de lui même : « J'étais devenu une sorte de moine océanique, confiné dans une cellule minuscule et non chauffée, silencieux comme un trappiste, ascétique, contemplatif. ».

L’intimité avec la nature, la rencontre avec des cétacés le rend lyrique, ainsi : « Elles étaient là, ces imposantes montagnes de graisses, ces baleines comme des sous-marins nucléaires, de vrais monstres vivants, bien noirs et terrifiants....Je n'avais jamais rien vu de si beau, de si triste, rien qui parle avec tant d'éloquence de l'âge du Monde. »

Disons le, ce qu’il fait n’est pas à la portée de n’importe qui et d’ailleurs peu sans doute sont ceux qui y trouveraient plaisir. Mais je trouve réconfortant que ce genre de marins existent et Taylor a une belle façon de faire partager son enthousiasme.

Pour lire sous la couette, cela s’appelle « Mingming et l’art de la navigation minimaliste », publié par la Découvrance. »

Bonne lecture !

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