une température record de -93°c dans l'antarctique
une température record de -93°c dans l'antarctique © reuters
Petit bilan de la saga qui a émergée dans les médias entre Noël et le Jour de l’An. Un journaliste scientifique australien Chris Turney, décide de refaire l’expédition de Douglas Mawson en Antarctique et s’entoure d’une cinquantaine de clients fortunés pour ce faire. C’est très à la mode ces temps-ci, les voyages de commémoration. Mawson, est le héros polaire le plus connu en Australie ; Après avoir accompagné Ernest Shackleton au pôle sud magnétique, il monte sa propre expédition sur l’Aurora entre 1911 et 1914. Etablis sur la partie la plus ventée de l’antarctique, ils auront les pires difficultés pour travailler. En particulier, Mawson, Nertz et Ninnis partis faire de la cartographie tombent dans une crevasse ; Ninnis y décède et les deux autres partent à pied pour un voyage de retour dramatique ; Nertz y mourra de froid et de faim et Mawson, mangeant ses chiens regagnera, tel un spectre, la base. Autant dire que le voyage de Turney devait se dérouler dans des conditions infiniment plus agréable à bord d’un solide bateau russe l’ « _Akademik-Shokalskiy_ _._ Mais depuis 3 ans cette région polaire est devenue très difficile d’accès, en raison de la rupture du glacier Nertz ( nommé en l’honneur du valeureux scientifique). Un courant charriant de nombreuses glaces s’est maintenant approché de la côte. Les français en savent quelques chose car c ‘est là qu’est situé notre base de Dumont D’urville. Arrive ce qui doit arriver, le navire russe poussé par une tempête, se retrouve bloqué par une solide banquise peu avant Noël et appelle au secours. Trois navires scientifiques se déroutent , ce sont les seuls à fréquenter la zone: le français « l’astrolabe » et deux brises glace: l’australien l'_Aurora-Australis et le chinois Xue-Long_ . Le mauvais temps sévit sur la zone, ce qui n’est pas franchement étonnant, blizzard, brouillard, glaces compactes, il faudra 10 jours pour que le chinois puisse se positionner assez près pour hélitreuiller les touristes sur le bateau australien, laissant l’équipage attendre des jours meilleurs. Mais le chinois se retrouve pris à son tour par la banquise et c ‘est un super brise glace américain qui se propose pour venir à son tour à la rescousse. Tout est bien qui finit bien, début janvier, le vent tourne enfin, chasse la glace et libère les deux navires. On pourrait gloser sur la merveilleuse solidarité des gens de mer, si pendant que les touristes festoyaient et envoyaient des emails à la terre entière sur le bateau russe, 4 navires de recherche ne perdaient de précieux jours de travail, interrompant également les opérations de ravitaillement des bases scientifiques. Le plus petit d’entre eux, « l’Astrolabe » coûte 20 000 euros par jour d’argent public, c’est bien plus pour les autres. La saison de travail en Antarctique ne dure que trois mois. Moralité des expériences annulées, des recherches désorganisées et un casse tête logistique. Bien sûr il fallait se porter au secours de l’expédition de Turney, mais on est en droit de lui réclamer des comptes sur le sérieux de ce qui ressemble quand même à un coup de fric. C’est à cause de gens comme lui que la liberté se réduit de plus en plus dans ces territoires et c‘est dommage. Espérons que cela servira de leçon. Allez, vive l’antarctique, la science et les marins prudents !
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