Hou,la la ! Il y a du rififi du côté de Marseille ! Vous savez que le parc marin des Calanques, qui a mis 20 ans à sortir des cartons est enfin opérationnel depuis 2012. Bonne nouvelle, mais qui oblige à quelques précautions.

Mais voilà qu’à Gardanne, à quelques dizaines de kilomètres une usine exploite depuis 1893 le filon de bauxite que l’on transforme en Aluminium à grand renfort de soude. Les jours de grand vent, les résidus rouges repeignent la ville, mais cela fait travailler 3 à 400 ouvriers sans compter les sous-traitants. Le résidu de cette transformation a en effet nom de boue rouge due à la concentration en oxyde de fer.

En 1966, les autorités s’avisent que ces rejets nocifs pour la santé font désordre et l’on construit un pipe line de 47 km de long pour évacuer ces boues que l’on ne saurait voir dans un canyon en Méditerranée à 7 km au large de Cassis : le canyon de la Cassidaigne, à 300 mètres de profondeur. Pas vu pas pollué… ?

En 1976 la France signe la convention de Barcelone protégeant cette mer et prohibant ce genre de déversement. En 1996, l’état s’alarme à nouveau du niveau des rejets et donne 20 ans à la société Pechiney pour trouver une solution, en contre partie, elle l’autorise à continuer à déverser jusque fin 2015.

Depuis le début, entre 20 et 30 millions de tonnes de boues rouges ont fini dans le canyon avec des taux à faire frémir d’aluminium, de fer, de titane, de chrome, de zinc, de plomb, de cuivre, de nickel et d’arsenic, tous produits largement défavorables à la vie, induisant même des mutations sur plusieurs générations. Sous amicale pression l’usine a commencé à retraiter ses boues à terre et surtout a investi, pour moitié avec la puissance publique, au total 30 millions d’euros pour construire un gigantesque filtre capable de séparer les 5 % solide des 95 % liquide des fameuses boues rouges. Le résidu solide baptisé bauxaline peine à trouver un emploi dans une économie du recyclage, mais le liquide c’est pire ; Rien d’autre à faire clame l’industriel, entre temps passé aux mains des américains d’Alteo, que de continuer à utiliser la bonne vieille canalisation.

Oui mais … entre temps la zone est passée sous la responsabilité du parc naturel marin ; des études ont montré que le canyon de Cassidaigne était, pour cause de courants et de variété des substrats extraordinairement riches en espèces dont certains coraux profonds rares ; les associations environnementales ont prouvé que les analyses rassurantes de d’Alteo pêchaient par un échantillonnage biaisé ; quand à l’eau qui serait rejetée, elle contient encore des taux d’aluminium, de fer, d’arsenic et de soude peu recommandables.

1er round , en septembre le Conseil d’Administration du parc a approuvé la poursuite des rejets pendant 30 ans.

2ème round, la ministre de l’environnement Mme Royal tweete qu’en l’absence d’études complémentaires elle ne donnera pas son autorisation.

Ma chère Fabienne, nous attendons le 3ème round avec anxiété. Qui va l’emporter des poissons qui ne veulent pas finir peints en rouge ou de nos écrans LCD gourmands en ce fameux aluminium ?

Allez, vive le canyon de Cassidaigne !

L'équipe
(ré)écouter Les récits d'Isabelle Autissier Voir plus
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.