Je me souviens de ma fréquentation des bateaux de pêche au large, lors des stages émaillant mes études d’ingénieur des pêches. Côté accident, on comprend vite le problème. Un pont rendu glissant par le mucus de poisson, les coups de boutoir de l’océan qui vous envoie valser, la pluie et le vent qui rendent les mains gourdes. Et face à cela des treuils, des crocs, de filins d’acier, des panneaux de chaluts lourds, encombrants et qui semblent animés de leur propre mouvement. Les hommes (c’est vrai que le métier n’est toujours pas très féminisé) engoncés dans leurs cirés, les yeux ensommeillés de petites heures de sieste (on remonte un chalut toutes les trois heures) ; et puis ces satanés rendements à tenir ou les coûts d’exploitation journaliers des bateaux, qui donnent envie de pêcher même à la limite de la tempête. Ces navires sont au régime sec depuis des décennies, pas question, même d’un apéro en 15 jours de mer, on ne mettra donc pas en cause le légendaire lever de coude des marins pour expliquer que cette profession est la plus dangereuse en termes d’accident du travail.

Marin pêcheur (1 décès pour 500 personnes) vient en tête d’un sinistre hit-parade suivi de loin par élagueur (1 décès pour 1618), agriculteur (1 décès pour 2597) ou couvreur (1 pour 2881).

Le chalutage au large semble, d’après les études, une activité nettement plus dangereuse que les autres types de pêche comme la ligne, le casier ou la drague. Sachant que c’est également la pêche la plus dévastatrice pour le milieu on peut s’interroger pour savoir si les aides publiques, en particulier celles de la Commission Européenne ne seraient pas mieux utilisées à aider à la reconversion des chalutiers plutôt qu’à les conforter en les aidant à acquérir de nouveaux moteurs.

Si l’on regarde les statistiques globales d’accidents mortels en mer, une activité semble également bien dangereuse, c’est celle de touriste. Sur les 400 décès annuels, environ, 60 sont des marins pêcheurs, contre plus de 80 suite aux sports nautiques et 150 par simple noyade en bord de mer. Evidemment il faut remettre cela en perspective au nombre de participants, quelques dizaines de milliers pour les professionnels de la mer, des millions de touristes. Et si l’accidentologie professionnelle diminue régulièrement, celle des touristes a plutôt tendance à augmenter. Remarquons que, bizarrement, la mortalité en mer est, en France, nettement supérieure à celle de la montagne, dont les accidents sont plus spectaculaires et médiatisés.

S’il ne fallait qu’une conclusion à cette chronique, c’est que les milieux naturels recèlent des dangers pour l’homme, c’est évident. La mer en fait partie évidemment. Une bonne météo, l’utilisation d’équipements de sécurité en bon état, que chacun sait maîtriser c’est bien, savoir renoncer est parfois mieux. Il y a des jours où il est préférable de rester à la maison plutôt que d’aller faire trempette, de prendre la mer ou de tirer un chalut.

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