Les déchets nucléaires

Lors d’un voyage à Mourmansk, je visite le premier navire à propulsion nucléaire soviétique, aujourd’hui transformé en musée. L’officier m’explique que lorsqu’il s’est agi de changer le cœur nucléaire, on a astucieusement placé des charges autour du fond prédécoupé, puis ayant conduit le bateau en mer de Kara, les charges avec un parfait synchronisme avaient envoyé le dangereux colis dans les profondeurs pour qu’un nouveau réacteur soit installé. Et maintenant ? Quoi maintenant ? Tout va bien, les courants ont dû dissiper la radio activité !

Sur les 510 sous-marins, 75 navires et un nombre indéterminé d’avions de combat contenant des armes ou combustibles radio actifs, une telle légèreté ne sévit plus … enfin plus toujours. Mais le fait est que 31 accidents, dont ce qui est inquiétant 16 n’ont jamais été reconnu, ont propulsé qui des bombes, qui des sous-marins entiers en plein océan et parfois très proche des côtes.

Mais nettement plus dangereux que ces accidents déjà pas rassurants, nombres de pays se sont pendant 36 ans débarrassés de leurs différents déchets en provenance des centrales atomiques, des armements, des industries. Les pays européens ont été les plus polluants. Des Canaries à l’Irlande 36 000 fûts plus ou moins recouverts de goudron ou de béton ont été disséminés dans l’atlantique. Représentant 11 000 tonnes au large de l’Espagne, 4000 tonnes au large de la Bretagne. On aime à imaginer ces fûts corrodés et écrasés par la pression et les éléments mortels dispersés par les courants dans les grands profondeurs, mais …. On n’a finalement aucune idée, ni aucun contrôle de ce qui se passe. Bien pire que Mururoa, à moins de 30 km des côtes normandes, dans une fosse d’à peine 150 mètres de profondeur, gisent 17 000 tonnes de fûts. Certes en 1982, on a arrêté les déversements, mais il n’est venu à l’idée d’aucun décideur d’aller voir ce qu’il s’y passait.

Au final, je ne devrais pas me gausser des russes car les européens les ont surpassés : 38 000 trillions de becquerels répandus dans l’arctique russe contre 42 000 dans l’atlantique nord est.

Tout ceci, bien sûr est du passé, puisqu’en 1993, la convention de Londres a interdit tout déversement en mer de matériaux radioactifs provenant d’aéronefs, de navires, de sous-marins ou quelques containers, futs ou sacs que ce soit . Tiens on a oublié les pipelines ? Discrètement oublié, la centrale de La Hague est ainsi autorisée à rejeter des effluents radioactifs par son tuyau de 5 km de long pour l’équivalent de 327 fois ce qui git déjà dans la Manche… mais puisque je vous dis qu’il n’y a pas de problèmes ….

D’ailleurs il y a encore pire, l’explosion d’une centrale comme celle de Fukushima a engendré une pollution radioactive encore supérieure qui, vu la direction des vents, a atterri dans le Pacifique. Deux ans plus tard, on en a trouvé la trace jusqu’aux USA.

Ramené au litre d’eau de mer, tout cela fait très peu bien sûr, mais qu’en est-il des accumulations, des concentrations dans la chaîne alimentaire qui risquent d’aboutir chez l’homme ? Et puis, une bonne fois, ne peut-on considérer l’océan comme autre chose que la poubelle des activités humaines ? Qu’au moins on arrête de nous dire qu’il n’y a pas de problème madame la marquise….

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