Mer de Kara, Beaufort, de Barents, mer de Baffin, vous connaissez ? sans doute pas et il faut dire que ce n’est pas précisément une destination de vacances. La température de l’eau est entre –1,8 ° et 4 ° en été, il n’y fait pas précisément beau, quand ce n’est pas la tempête, il y a du brouillards ; quand elles ne sont pas couvertes de banquise, les icebergs abondent. Pourtant certains sont bigrement intéressés par ces endroits au nord de la Russie, de la Norvège ou de l’Amérique du nord. Il faut dire qu’on estime que leurs fonds recèlent 25% des réserves non encore découvertes de pétrole et 30% du gaz. En ces périodes d’énergies chères, c ‘est un pactole. D’autant plus alléchant que les profondeurs ne sont pas extrêmes, quelques centaines de mètres tout au plus, quand fore maintenant allègrement pas 3 ou 4000 mètres de fond. Les compagnies pétrolières se sont donc précipitées et plusieurs champs sont en activité dont le célèbre Prudhoe bay pour lequel un immense pipe line traverse un parc national américain . Ceci a valu la plus belle marée noire aux USA ( 40 000 tonnes) quand le capitaine de l’Exxon Valdez, un peu pompette, s’est échoué avec sa cargaison qu’il venait de charger au terminus du pipe line.

Mais le gâteau semble avoir un goût amer ces temps-ci. A force de déposer des centaines de recours et de manifester bruyamment, les organisations environnementales ont fini par faire comprendre aux autorités que ces milieux sont d ‘une extrêmes fragilité. Comme tous les milieux froid, la vie s’y développe lentement .De l’avis même de certains ingénieurs pétroliers, une catastrophe, dans ces parages hostiles, a une chance sur cinq de se produire et on est totalement incapable d ‘y faire face. Du coup, ça peut coûter très cher en assurance, en réputation, en indemnisations. Les banques renâclent à partager les risques et les états sont de plus en plus pointilleux en matière de sécurité. C’est pourquoi depuis deux ans, plusieurs projets ont été repoussé voire abandonnés. Cairn Energy a laissé tomber du coté du Groenland, le jeu n’en valait pas la chandelle , malgré un milliard déjà dépensé, Gazprom ne trouve pas les 30 milliards pour chercher du gaz à Shtokman, a ajourné pour cause de sécurité les forages de Prirazolmaya et de mer de Péchora et, dernier en date, Shell, jette l’éponge pour cette année malgré 4,5 milliards investis dans le grand nord canadien. Il faut dire que sa plate forme avait déjà failli aller sur les cailloux en rompant ses amarres dans le port et en endommageant sons système de confinement lors d ‘un test….. pas très rassurant.

Le PDG de Total vient enfin d’annoncer qu’il fallait s’abstenir définitivement de forer en Arctique . les mauvaises langues se demandent toutefois si la compagnie a été touchée par la grâce ou si ce n’est qu’une peau de banane sous les pieds des concurrents .

Alors sauvé le grand nord ou simple répit ? Malheureusement sans doute, répit, à moins… à moins… que les braves citoyens ne continuent à protester et à demander qu’enfin on sanctuarise ces mers.

Allez, bon WE et bonne semaine à tous

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