Il y a forcément des jumeaux parmi les mammifères marins, on en a parait-il observé chez les dauphins. Quant aux baleines, quand on a déjà un petit de plusieurs tonnes … ça ne doit pas être une sinécure que d’en avoir deux !

Coté système immunitaire, qui est votre sujet ce soir, il y a quelques animaux marins dont il faut parler, car justement ils ont l’air dans avoir peu et bien mis à mal, ce sont les huîtres et les moules de nos côtes. Depuis cette année, pour les moules et déjà 4 ans pour les huîtres, elles succombent au virus de l’herpès, OsHV-1 – pour Ostreid Herpes virus 1 . Pas celui des hommes, donc rien à craindre à les manger, mais les ravages sont terribles. Au début, seules les jeunes huîtres étaient affectées, avec des mortalités de près de 80 %. Puis les adultes ont été touchés depuis 2012,ce virus s'étant associé avec une bactérie (vibrio aesturianus). Assez rapidement, ces agents pathogènes se multiplient à l’intérieur de l’animal et utilisent les cellules des mollusques pour se développer. Si le système immunitaire est faiblard, l’animal va mourir en quelques jours.

En Nouvelle-Zélande, en Australie et aux Etats-Unis les éleveurs sont aussi confrontés à l’infection. Plus d’huîtres ? C’est possible ! L’huître portugaise, qui a été introduite dans les années 1860, a subi, un siècle plus tard, une quasi éradication sur les côtes françaises suite à une maladie. ce qui a, d’ailleurs, occasionné son remplacement par notre Crassostrea gigas, aujourd’hui malade.

Comme on imagine mal vacciner toutes ces braves bêtes, on peut essayer la piste de la sélection génétique. Cela consiste, comme pour les plantes, à prendre les coquillages survivants, supposés plus robustes, pour mettre au point des naissains résistants aux infections. Mais voilà, les écloseries ne sont pas très enthousiastes pour s’y coller et préfèrent de beaucoup continuer à produire en grandes quantités les huitres triploïdes, pour remplacer celles qui meurent. Car l’intérêt de la triploïde est qu’elle oblige les éleveurs à se réapprovisionner tous les ans… ce qui est nettement plus lucratif. Notons au passage que la triploïde, qui résulte d’une manipulation génétique qui lui confère trois chromosomes au lieu d’une paire a été évoquée comme une des raisons de la sensibilité soudaine des cheptels au virus. Au point qu’IFREMER, qui est l’origine de cette production, a été attaqué en justice par des producteurs, l’accusant de ne pas faire grande recherche pour lutter contre le mal en préférant exploiter son brevet.

Mais pourquoi ce virus qui existait à l’état latent depuis longtemps est-il devenu subitement si pathogène. Là on quitte un peu l’immunité pour examiner les facteurs environnementaux. C’est vrai que les voyants sont au rouge : des élevages surchargés et des huîtres qui voyagent d’un endroit de France à l’autre, sont propices la dissémination de la maladie ; le réchauffement des eaux est sans doute favorable au virus ; les pollutions, rejets agricoles et autres métaux lourds affaiblissent les animaux, les rendant plus sensible ; la généralisation du naissain d’écloserie diminue la variabilité génétique et donc les possibilités de résistance. Mais aucune relation précise de cause à effet, pour le moment.

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