Alors votre homme de Tautavel il allait à la pêche ? Monsieur Tautavel taquinait le goujon ou Mme était la reine du thon à l’escabèche ?

Squelette du plus vieux des Européens : l'homme de Tautavel
Squelette du plus vieux des Européens : l'homme de Tautavel © Nik Wheeler/Corbis

Le seul moyen de le savoir est de retrouver des restes d’arêtes de poisson ou des hameçons, foènes, et pointes car tous les autres instruments éventuels n’ont pas pu se conserver. Concernant la pêche en mer, c’est peu probable qu’il l’ait pratiqué. Il n’habitait pas vraiment au bord de la mer et l’art de la navigation, même rudimentaire, n’apparaît que beaucoup plus tard.

Mais le site de Tautavel a abrité des hommes pendant une très longue période. Au Paléolithique inférieur, jusqu’à -280 000 ans, il a pu attraper à la main des truites ou des saumons selon la technique qui perdure encore de leur caresser le ventre doucement pour ensuite les projeter hors de l’eau. C’était sûrement un moyen infiniment moins dangereux de consommer des protéines que de courir derrière un bison avec un épieu .

Ses descendants du Paléolithique moyen ont dû commencer à avoir, peut-être des harpons de pierres taillées emmanchées dans des bâtons. Mais c’est surtout des générations plus tard, au Paléolithique supérieur, soit à partir de – 30 000 ans que notre homme commence sérieusement à s’intéresser aux ressources halieutiques. C’est là que se multiplient les restes de poissons osseux, dans les grottes et les campements et l’utilisation du bois de rennes pour faire des harpons de plus en plus élaborés. Lorsque l’on étudie, grâce à la biochimie, les restes d’os humains ou de dents, on constate une proportion importante de protéines liées au poisson.

Mais il faut attendre la toute fin de cette époque et même le Mésolithique pour que le pêcheur s’épanouisse chez Homo Sapiens. Là, les choses deviennent sérieuses : hameçons, premières nasses et même filets . Le poisson, particulièrement le saumon, preuve que nos ancêtres avaient bon goût, devait figurer souvent au menu. On le voit même représenté dans nombre de dessins pariétaux . On commence à aménager des passes et des pièges en pierres et en bois, car ils ont dû observer la migration des animaux. Un petit malin, tirant partie de la voracité des salmonidés, a dû avoir l’idée de les attirer avec un appât d’insecte ou de reste de viande, puis pour élargir son champ d’action d’accrocher son hameçon à des crins tressés. La canne à pêche était née .

Sur les 160 dessins de poissons gravés retrouvé dans le sud de la France, on croise donc surtout des saumons , mais aussi des truites , des brochets et même des anguilles . La charmante petite rivière de l’Agly en fournissait sans doute son comptant, même si à cette époque la grotte était devenue déserte, rien n’empêche de penser que les hommes se sont établis dans des huttes plus près de la rivière et pourquoi pas de plus en plus près de la Méditerranée. Car un jour, notre ancêtre a découvert la grande bleue. Il a dû y goûter avec joie coquillages et crustacés. Puis, n’écoutant que son courage, à cheval sur un tronc d’arbre, il est parti déployer ses engins de pêche de plus en plus loin au large.

Finalement, il a bien réussi, Homo Sapiens, tant et si bien qu’aujourd’hui 90 % des espèces méditerranéennes sont en état de surpêche ! Mais cela c’est une autre histoire.

Ah ! Quel beau métier cela doit être que l’ichtyopaléontologie ! Même s’il n’y a peut-être pas énormément de débouchés.

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