Le corail

Vous ne trouvez pas que le corail exagère un peu ? Au moindre réchauffement des eaux d’un petit degré, le voilà qui pique sa crise et expulse ses zooxanthelles comme des réfugiés indésirables…

Mais il pourrait quand même faire un effort en pensant à nous. On compte sur lui ! Que va-t-on donner à manger aux centaines de millions de personnes qui tirent 90 % de leur protéines des poissons vivant dans le corail ? Que vont contempler les millions de touristes qui dépensent des fortunes pour venir admirer les jolies bestioles ? Qui va faire barrière aux tempêtes, tsunamis ou montée des eaux ? Qui va servir de zone de reproduction et de nurserie aux 4000 espèces de poissons et abrite les rares dugongs ou tortues marines ?

Mais peut-être cette question de mortalité due à la température n’est qu’un prétexte. Le corail est peut-être en train de se suicider en masse pour protester contre les agressions, comme certaines populations humaines ont pu le faire pour ne pas être massacrées par l’ennemi. Car les hommes ont bien l’air de leur avoir déclaré la guerre. On n’en finit pas de voir les bancs de corail sauter pour faire place à des aménagements, ports ou hôtels 5 étoiles. Ailleurs on l’empoisonne à coup de résidus d’herbicides, d’eaux usées urbaines, de métaux lourds et de déchets chimiques industriels. Avouez qu’il y a de quoi avoir le blues. Ainsi, pour la France, Bora Bora, la perle du pacifique a perdu la moitié de son corail. Des Antilles à Mayotte, de La Réunion à la Polynésie, ça régresse de partout.

Remarquez que nous sommes encore gentils comparés aux australiens. Eux ont choisis l’étouffement progressif sous des millions de tonnes de boues. Nos amis australiens ont des mines de charbon (le pire combustible du point de vue de l’effet de serre) dont ils comptent bien augmenter l’exportation. Alors, vous comprenez, il faut bâtir des ports pour que des navires de plus en plus gros puissent accoster. La grande barrière, le plus grand récif du monde avec 2500 km a déjà perdu lui aussi la moitié de son corail.

Pour remonter le moral de notre ami corail, je ne vois que la possibilité de faire entendre haut et fort la voix de ses amis ; les scientifiques qui se battent au sein de l’IFRCOR, l’initiative française pour le corail, les 500 000 personnes de 177 pays qui ont fait plier temporairement, hélas, le gouvernement australien contre l’élargissement des ports et toutes les associations, pouvoirs publics ou citoyens qui luttent contre les pollutions et le réchauffement climatique. Arriveront-ils à temps au chevet du malade ?… suspens ! Peut-être si nous nous y mettons tous. Au fait, si vous avez la chance d’aller en vacances dans un pays de corail, boycottez les endroits construits « pieds dans l’eau ». Ils ont tué le corail.

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