Je me suis penchée sur ces histoires d’insectes dont vous parlez ce soir. J’ai eu quelques surprises. Les insectes représentent déjà plus 1, 3 millions d’espèces connues, les 2/3 de la biodiversité. On en trouve au plus profond des forêts, en haut des montagnes, dans les climats les plus froids, les plus chauds, c’est le groupe le plus adaptable de la planète, mais seule l’eau de mer semble leur avoir posé un sérieux problème. A ce jour seules 5 espèces, oui 5 ! Effectuent l’ensemble de leur cycle de vie dans l’eau salée. Car bien sûr, j’exclue les bestioles d’eau douce, douceâtre, de marécages et d’estuaire qui vivent en partie à terre. Mais pourquoi donc cette désaffection ? A dire vrai, il n’y a pour le moment que des théories. Les insectes sont les plus anciens animaux à s’être adaptés à la vie terrestre, issus d’espèces marines il y a 400 millions d’années. Ces adaptations même les ont rendues impropres à la vie dans l’océan. En premier car ils doivent respirer. Si l’insecte doit plonger avec sa bulle d’air, il est freiné et dépense beaucoup d’énergie. Il n’est pas conçu pour résister à la pression et devra donc se tenir en surface. Autant dire qu’en se maintenant ainsi, ils formeraient une proie ultra visible et très alléchante pour les poissons. Il leur faudrait aussi résister au milieu salin ce qui demande des adaptations particulières. De plus comment retrouver son partenaire sexuel quand on est si petit dans le grand océan et où poser ses œufs en sûreté ? Bref beaucoup de problèmes à résoudre pour dame Nature, alors que les milieux terrestres au pire les lacs et les mares offrent tant de possibilité. Il semble aussi que, revenant dans la mer, les insectes auraient trouvé la place écologique occupée par les crustacés, qui, eux, ont résolu les questions de nourriture, d’habitat de salinité et de pression.

Donc à quoi ressemble nos 5 rescapés. Je m’attarderai sur l’un d’entre eux répondant au doux nom d’Halobathes sericeus ou punaise d’eau de mer. Un petit corps de 3 à 4 mm prolongé par 6 pattes démesurées d’1,5 cm. (imaginez des bras 50 fois plus long que votre tronc !). Les deux pattes arrière en forme de godille servent à nager, les deux avant à tenir les proies planctoniques et de béquilles à l’arrêt. Car la bestiole a résolu le problème de la respiration en nageant à toute vitesse à la surface de l’eau grâce à des milliers de poils minuscules sur les pattes, emprisonnant l’air et assurant la flottaison. Pour se reproduire, notre Halobathes utilise tout ce qui flotte, plumes, pierre ponce, coquille pour y déposer ses œufs. Et c’est là que l’espèce commence à nous intéresser bigrement. Vous connaissez, Fabienne, ce que l’on appelle maintenant la plastoshère, les milliards de déchets plastiques qui flottent à la surface des océans. Voilà une infinité de supports pour une meilleure reproduction. Sur une seule cruche en plastique on a pu dénombrer 70 000 œufs. Voilà, direz-vous, de quoi manger pour les poissons … encore faut-il qu’ils réussissent à les attraper malgré leur vitesse d’évolution. Par contre les Halobathes sont très friands d’œufs de poissons. Qui va gagner le match ? Ces zones de grande densité plastique vont-elle être déséquilibrées d’un point de vue écologique par ces misérables bestioles ?

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