Si tout va bien, cet été je devrais être en expédition à la voile sur la côte est du Groenland. Tous les gens à qui j’en parle me disent :

Ah ! Quelle chance, les vastes étendues immaculées, comme ça doit être beau !

C’est bien ce que je pensais jusqu’à ce que je me penche un peu plus sur le problème. Au Groenland, une partie de la neige est noire !

J’ai déjà croisé ce phénomène en antarctique dans une île volcanique ou les dépôts de cendre s’étaient figés dans glaces. Certes les éruptions volcaniques islandaises récentes ont dû avoir leur part dans l’affaire. Mais le phénomène semble s’être accéléré avant, depuis 2009.

Qu’est ce qui salit la neige ? Les impuretés poussières et suies apportées par les vents depuis les territoires industrialisés, suite essentiellement à la combustion des ressources fossiles que sont le charbon et le pétrole. Ceux-ci augmentent toujours aussi régulièrement. Mais aussi les poussières dues aux feux de forêts de plus en plus nombreux dans le grand nord. On se souvient de l’été 2010 avec les gigantesques feux en Russie. En 2014, 3,3 millions d’hectares sont partis en fumée rien que dans le nord-ouest du Canada. En Arctique, les forêts s’embrassent à un rythme jamais vu depuis 10 000 ans.

Les photos prises par le scientifique américain Jason Box sont tout simplement incroyables : des champs noirâtres, où seules les crevasses de fonte font apparaître un croisillon blanc ; des étendues sans fin comme recouvertes de cendre.

Conséquence, la neige plus sombre absorbe plus les rayons du soleil. C’est l’effet albédo, que nous connaissons bien, simplement en remarquant que nous avons plus chaud au soleil avec un vêtement sombre. La température qui s’élève fait fondre la glace, bien sûr, mais parallèlement augmente le diamètre des grains de neige. Or plus ceux-ci sont gros plus ils absorbent la chaleur. De plus, ces impuretés nourrissent des bactéries qui, en se multipliant, participent à la fonte. Enfin, les sols à nu libérés de leur manteau neigeux sont à leur tour sources de poussières sous l’effet des vents.

Bref, plus ça chauffe, plus ça chauffe. Les scientifiques ont calculé que ces poussières en plus grand nombre, augmentent de 27 milliards de tonnes la fonte du Groenland, contribuant ainsi pour 0,13 mm par an à l’augmentation du niveau des mers. Rappelons que la fonte totale du Groenland, dont on espère qu’elle n’est pas pour tout de suite, provoquerait une augmentation de 7 mètres du niveau marin, engendrant un désastre humain.

Au total, le Groenland qui perdait environ 200 gigatonnes de glaces par an entre 2003 et 2006 est passé à 360 entre 2009 et 2012, dépassant déjà le modèle prévu par le GIEC.

Donc je ne sais pas ce que je verrai cet été au Groenland et sans jouer à se faire peur, il devient urgent de faire quelque chose à la conférence sur le climat de la fin de l’année.

Allez, ma chère Fabienne, on y croit …. Et se bat pour cela.

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