Un livre m‘avait échappé cet été, tant j’étais plongé dans :mes navigations en Alaska. Il concerne une toute autre partie du monde : la Somalie et provient de Laurent Mérer. Celui-ci n’est pas un inconnu, il a plusieurs fois écrit à propos de la mer et de la marine, surtout la Nationale, puisqu’il fut amiral et enfin de carrière Alindien, nom donné au pacha de la flotte française dans l’océan indien. La piraterie, on le sait y sévit parfois tragiquement et à propos de l’arraisonnement par des pirates du grand voilier « Le Ponant », Laurent Mérer avait déjà commis, un livre, un peu indigeste, je dois le dire, où il exposait par le menu, l’intense mobilisation militaire française pour libérer ce navire.

Moi, Osmane, pirate somalien de Laurent Mérer
Moi, Osmane, pirate somalien de Laurent Mérer © radio-france

Mais dans « Moi, Osmane, pirate somalien », il se met, sans pathos, ni complaisance dans la peau d’un pirate. Osmane est un jeune commerçant éduqué de Mogadiscio. Las la guerre frappe sa maison et sa famille et le voilà sur les routes, fuyant la misère. Il se réfugie dans un village côtier et par chance, déniche un travail d’instituteur à la solde d’une ONG italienne. En passe de refaire modestement sa vie, le voilà à nouveau rattrapé par l’histoire. Ses amis, les pêcheurs du village souffrent de plus en plus de la raréfaction du poisson, capturé au large par les gros navires européens, japonais, coréens et j’en passe. Le coup de grâce c ‘est le tsunami qui dévaste les cabannes et pire ramène sur les côtes ldes déchets hautement toxiques qui étaient immergés au large en toute impunité. Le village se meurt. L’atmosphère se tend, les armes circulent dans ce pays sans lois, les anicroches surviennent.. On se bat pour se défendre, puis pour récupérer de la nourriture et un peu d’argent, avec lequel on achète de armes plus modernes. On finit par trouver que la piraterie rapporte plus que la pêche exsangue. En s ‘attaquant peu à peu à de petits cargos, on fait vivre toute la communauté. Les hommes sont gardiens ou messagers, les femmes font à manger. Une nouvelle économie est née. Osmane n’a rien d ‘un pirate, mais il est le seul au village à savoir bien compter et à s’exprimer un peu en anglais. Peut il refuser à ceux qui l’ont accueilli de tenir les comptes de l’argent sale ou de prêter sa voix aux négociations ? Ainsi, le voilà passé du mauvais coté de la barrière. Quand le gros coup se présente, sous les traits de ce luxueux voilier de croisière, il assiste impuissant à la lutte du pot de terre contre le pot de fer. Bien sûr, et c’est heureux pour ceux qui sont enlevés, quelques kalachnikovs ne pourront pas grand chose contre les commandos marine.

Il est intéressant de savoir que la multiplication des actes de piraterie qui a éloigné les grands navires de la zone et son intense militarisation a eu deux effets. Les poissons sont revenus, et la piraterie a fortement baissé d’intensité. On peut penser que les pêcheurs sont retournés à leurs occupations. Y aura-t-il nouveau cycle infernal qui verra revenir l’un et l’autre ? Peut-être pas, si les grands pays pêcheurs peuvent convenir d’aller voir ailleurs et si l’aide internationale s’attache à aider ces petites communautés à vivre dignement de leur travail.

Hélas, rien n’est moins sûr.

En tous cas cette édifiante lecture s’appelle « moi, Osmane, pirate somalien » et c ‘est paru aux éditions du rocher

Allez bonne lecture et bon WE, à la semaine prochaine.

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