La mer attire non seulement les régatiers et plaisanciers, mais une brochette d aventuriers de tous poils dont les projets sont parfois magnifiques, parfois risibles.

Je sais c’est à l’aune du succès que l’on mesure le sérieux d’une aventure et l’approbation générale vole au secours de la victoire. N’empêche on peut se poser des questions avant. Ainsi que penser d’Ismaël Patu-Huukena, polynésien d’origine comme son nom l’indique, qui sonne joliment aux oreilles. A 41 ans, cet agent de sécurité du coté de Bayonne, qui se définit plutôt comme artiste et aventurier, aurait pu continuer à couler des jours paisibles, si son sang marquisien ne s’était subitement mis à bouillir. Parti de ses îles voilà 18 ans, il a conçu le projet d’y retourner à bord d’un navire traditionnel de son peuple : la pirogue. Celle qu’il a construit avec une troupe de turbulents amis fait 12, 50 mètres de long, un mât de 10 mètres et une petite cabine de 4 . Décorée d’une baleine, elle est baptisée Te Hono ; la paix ; valeur universelle qu’il se propose de défendre tout au long du parcours. Olivier Guigue, surfeur et cuisinier complète l’équipage, bien que ces deux talents soient de peu de secours dans l’aventure qu’ils vont tenter. Rien de moins que 22 700 km, via l’Espagne, le Portugal, le Venezuela, la Colombie, Panama et les Galápagos. Coté physique, on ne doute pas que ce colosse genre pilier de rugby ne soit à la hauteur. Pour le moral et le zeste de chance, la crois chrétienne en bonne position à bord et le collier de dents de sangliers, de perles noires et paraît il d’os humains devraient faire office ; Quand aux techniques de navigation, c’est un peu plus problématique, Ismaël avouant qu’il ne connait pas grand-chose à la mer, mais son heureux caractère lui fait remarquer que de toutes façons personne n’y connait grand-chose. Avec les étoiles au dessus de la tête et les secours d’un GPS, d’un compas et d’une boussole, il se fait fort d’arriver à bon port.

Remarquons que les ancêtres dont il rêve de suivre les traces avaient encore moins. Avec leurs yeux, leurs oreilles, leurs nez et une incommensurable expérience, ils réussissaient à traverser le plus grand des océans, le Pacifique, avec une stupéfiante exactitude. Mais le chef de la pirogue avait pendant des années appris à lire la couleur des eaux, la forme des nuages, l’odeur d’une mer. Il connaissait tout du vol et des migrations des oiseaux, du comportement des poissons. Il pouvait interpréter la forme d’une houle et la marche des étoiles n’avait pas de secret pour lui. Son bateau lui-même était l’aboutissement de centaines d années d’expérience pour trouver les meilleures essences pour chaque partie, allier souplesse et résistance. Enfin les marins polynésiens il a y deux mille ans possédaient sûrement cette forme de fatalisme qui fait de la disparition en mer, un simple passage pour retrouver Tangaroa le créateur.

Pas sûr qu’Ismaël Patu-Huukena ait le même bagage maritime que ses ancêtres.

Enfin, comme dit avec philosophie l’un de ses sponsors :"S’il doit lui arriver quelque chose, j’espère que cela sera à proximité des côtes espagnoles et portugaises, après ça sera plus difficile. ».

Vous sentez bien que je suis dubitative sur le succès de l’opération. Je suis peut être d’humeur ronchon ce soir, ou j’en ai trop vu des gens qui partaient avec tout ce qui flotte plus ou moins pour finir avec un rêve brisé dans le bateau d’une société de sauvetage.

Donc, je promets solennellement que si qu’Ismaël Patu-Huukena gagne son pari et dans trois mois arrive aux marquises comme prévu, je ferai comme tout le monde, je célébrerai sa victoire !

En attendant bon vent à lui, à son équipier et à sa pirogue et bon WE à vous tous.

L'équipe
(ré)écouter Les récits d'Isabelle Autissier Voir plus
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.