Allez, pour ce soir une histoire un peu folle, ça fait du bien de temps en temps. C’est celle d’un groupe de jeunes russes, venus d’un peu tous les coins du pays qui se sont rassemblés dans une communauté du coté de Saint-Pétersbourg. Là on vit d’un projet mêlant spectacle, radio indépendante, bar avec même fabrication de gnôle locale. Bref un projet typiquement alternatif comme il en fleurissait en France il y a quelques années. La communauté répond au doux nom de « dolce farniente », vous voyez le programme. Or nos jeunes gens se sont avisés que la mer était le parfait symbole de la liberté et ont donc cassés leur tire lire pour acheter un bateau vieux de 30 ans appelé « Rossinante » dont chacun se souvient qu’il était le cheval de Don Quichotte, ça ne pouvait pas mieux tomber. Après un an passé à le retaper et une autre année à apprendre les rudiments de la navigation auprès d ‘un genre de père Jaouen estonien, on s’organise : une partie du groupe reste à Saint-Pétersbourg pour remplir la caisse du bord et à tour de rôle huit garçons et filles goûtent aux joies de la navigation. Ils ont largué les amarres il y a deux ans de Tallinn et les voilà maintenant sur la côte de Bretagne Nord. Pas sans émotions bien sûr. Le bateau est solide, heureusement, un ketch de 18 mètres en polyester, mais l’équipage manque d ‘expérience. Une première tempête les contraint à demander assistance aux Pays bas et à passer l’hiver à Amsterdam en réparation ; une seconde tempête donne lieu au même scénario, cette fois-ci en France. Ils en concluent avec flegme que les marins français sont nettement supérieurs aux bataves, eux mêmes infiniment meilleurs que les russes. Mais ces avatars ne sont pas pour décourager nos marins car entre temps les projets ont fleuri. Pourquoi ne pas trouver une île déserte et fonder un état libre ? Pourquoi ne pas mettre au point un système pour filtrer les saletés à la surface des océans et réunir une flottille d’écolo marins ? Dans le genre plus sage : pourquoi ne pas trouver des lieux pour y organiser un tourisme responsable et durable ? Dans le genre plus fou, un passionné leur a signalé l’hypothèse qu’Alexandre le Grand aurait envoyé des navires prendre Carthage qui auraient finalement fait naufrage. Va donc pour chercher la flotte engloutie du coté de l’Afrique Occidentale ! Ah, j’oubliais, il y a ceux qui veulent simplement se baigner dans de l’eau chaude.

Vous l’aurez compris le vrai but est surtout de jouir de cette sacro-sainte liberté. Aller et venir sur la mer, découvrir le monde, ses habitants, bref la vraie vie, celle que la mer sait offrir. Ils parlent de l’océan avec des étoiles dans les yeux et il est bien certain qu’il sont trouvé là un trésor plus tangible que celui d ‘Alexandre.

Les bretons ont le cœur solidaire et se sont mobilisés pour aider nos apprentis marins à réparer une fois de plus et être en mesure de travers le golfe de Gascogne avant les tempêtes d ‘hiver. En ligne de mire, les îles du cap Vert, et pourquoi pas ensuite l’Amérique du Sud et même le tour du monde puisque le cœur leur en dit.

On aurait tort de se moquer de ces rêveurs, baladins des mers. Ils réalisent ce que bien des gens n’osent pas. Leur naïveté, peut-être, leur engagement et leur enthousiasme sûrement, les assurent au moins d’une chose : le bonheur de naviguer.

Souhaitons bon vent à « Rossinante » et son équipage de Don Quichotte.

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