Episode N+ 1 de la bataille du thon rouge en Méditerranée. Pour ceux qui auraient vécu sur Mars ces 10 dernières années, je rappelle que la pêche de ce délicieux thonidé ayant explosé en gros au tournant du siècle, la population de Méditerranée a fondu comme neige au soleil jusqu’à donner des signe d’écroulement. A la suite d’une bataille homérique entre les organisations environnementales et celles des pêcheurs, après avoir frôlé l’inscription du thon rouge à l’annexe 1 de la CITES qui interdirait toute capture, l’organe de gestion de cette pêche ( l’ICCAT) a en 2007 strictement réduit le niveau autorisé de capture à 13 500 tonnes.

Bonne nouvelle, la mesure a porté ses fruits ! Les scientifiques de l’ICCAT ont estimé les stocks reproducteurs à 585 000 tonnes, contre 150 000 au milieu des années 2000. Tout en assortissant leur évaluation de mise en garde sur un certain degré d’incertitude.

Mais l’appât était trop tentant pour les pêcheurs qui rongent leur frein. Car le thon est une manne exceptionnelle. Un seul thon, certes énorme, a atteint la valeur de 500 000 euros sur le marché japonais !

Les ONG environnementales ont tiré la sonnette d’alarme sur l’opacité du suivi de la pêcherie et donc l’incapacité où nous sommes de connaître le niveau de capture, une donnée essentielles pour gérer la ressource. En effet , on ne donne plus le temps au thon de grandir dans la mer … c’est trop long. L’animal est donc pêché jeune, puis engraissé dans des cages flottantes et nourrit, hélas, de quantité astronomiques de juvéniles d’autres poissons que l’on ne laisse pas non plus arriver à maturité. Peu à peu s’est développé un embrouillamini : il y des navires pêcheurs, d’autres qui collectent le poisson, puis des engraisseurs, puis de cargos japonais venant chercher les animaux à point, tous les pays de la Méditerranée s’y sont mis, avec des entreprises transnationales. Malgré de efforts pour recenser les captures, le poisson valse d ‘un bord à l’autre permettant entre les deux, un degré appréciable de fraude. Mais de cela il n’a pas été question à l’ICCAT. Bien plutôt d’une augmentation du quota de pêche de 20 % pendant trois ans, soit 23 155 tonnes en 2017. Ainsi est l’homme, toujours avide. Espérons que cette décision n’est pas trop prématurée. Les scientifiques nous ont promis pour 2016 une nouvelle évaluation, de quoi, peut être ré évaluer les chiffres.

Au moins cette espèce est maintenant sous étroite surveillance. Ce n’est pas le cas, malheureusement de son frère d’Atlantique nord. Là, la prudence n’est pas de mise, puisque avec une population faible et mal connue on s’est autorisé à augmenter les quotas Quand à son collègue le thon tropical, le plus pêché au monde la réglementation est quasi inexistante. Même les japonais commencent à s’inquiéter du niveau de la ressource.

La vérité c’est que pour qu’il y ait des pêcheurs, un beau métier par ailleurs, il faut qu’il y ait des poissons et que pour une ressource fournie par la nature, capturer plus qu’elle ne peut fournir est tout simplement suicidaire à long terme.

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