Cette année au grand Pavois, la manifestation nautique de la Rochelle, on fêtait un anniversaire, celui du Grand pavois qui a 40 ans, merci pour lui et celui d’un bateau « Damien ». Certes il ne paye pas de mine : A peine 10 mètres, sa coque en en contre plaqué si pourri qu’un couteau y entre comme dans du beurre, les aménagements dévastés et le gréement en pièce, ce pas très fier navire, monument historique, sablait aussi ses quarante ans et peut être sa renaissance. On devrait dire Les Damiens, car cette coque est inséparable de ceux qui ont créé sa légende, Gérard Janichon et Jérôme Poncet.

Nous sommes le 25 mai 1969, quand les deux compères quittent discrètement le port de LA Rochelle. Ils y reviendront 5 ans plus tard sous les ovations, après avoir parcouru 55 000 milles à la voile , soit deux fois le tour de la terre : Spitsberg, Islande, Amérique, Antilles, Amazone, Terre de Feu, îles australes, Pacifique, Antarctique, rien ne leur échappera. Ils accomplissent tout simplement ce que personne ne croyait possible. Amis du terrible pensionnat des enfants de troupes, riches en rêves et pauvres en argent, ils ont fait tous les métiers pour remplir la caisse qui se vidait illico dans l’aménagement de leur outil d évasion. Pourtant ce n’est pas une fuite, ou un relent 68ard qui les guident. Ils ne « claquent pas les portes, mais cherchent à les ouvrir » comme dit joliment Gérard. Un seul mot d ‘ordre « ne pas tricher », aller au bout de leur soif de monde, de mer et d’embruns. Sages dans leur préparation minutieuse, fous dans leurs objectifs, lucides et rêveurs, naïfs et pragmatiques, ce sont sans doute ces paradoxes qui leur ont permis cette formidable aventure. Pourtant « aventure, « exploit » ne sont pas des mots de leur vocabulaire. A l’heure où de beaucoup moins bons marins vous abreuvent de leurs histoires à longueur de blogs et sites internet qui n’intéressent qu’eux même. Ceux du Damien avait une devise « faire d ‘abord et raconter après ». Car sous la plume de Gérard, ils ont aussi magnifiquement raconté ce vagabondage. L’impact des trois tomes de Damien a entraîné sur les mers de centaines de jeunes marins…. dont une certaine Isabelle, qui découvrait soudain que tout était possible avec de l’énergie et du travail. Aujourd’hui, Gérard continue depuis son île de Ré d’écrire et de partager ce bonheur du marin. Quand à Jérôme, depuis Beaver, l’île des Falklands ù il a élevé sa famille, il sillonne tous les ans les mers du Grand Sud au point d ‘être devenu le spécialiste mondial de la Péninsule Antarctique , surnommé « le pape des glaces ».

Mais le pauvre bateau n’a pas eu une vie heureuse, vendu, il a été abandonné par son propriétaire du coté de Gravelines, puis de la Rochelle. Après plusieurs tentatives, une association vient de se constituer sous l ‘égide du Musée Maritime, pour le sauver. Ce n’est pas seulement le plaisir des restaurer le petit navire, mais une façon de dire que tout est encore possible ; Eh, oui ! En ces temps de crises et de désenchantement, la mer est toujours là, immense et mystérieuse, ses îles, ses glaces, ses coraux, tout comme la détermination, l’appel du large, le sens marin et l’authenticité. Quelque part dans des hangars sommaires, certains travaillent d ‘arrache pied pour être les Damien de demain.

Si vous voulez agrémenter votre coin du feu, cet hiver, ma chère Fabienne, lisez ou relisez « Damien autour du monde » et si le cœur vous en dit, l’association de restauration est joignable sur : YW1tbHJAb3JhbmdlLmZy.

Et encore, et toujours, prenez vos rêves en main, il en sortira toujours quelque chose. Allez bonne semaine et bon WE à tous

L'équipe
Mots-clés :
(ré)écouter Les récits d'Isabelle Autissier Voir plus
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.