Je ne vais pas vous parler de l’Égypte aujourd’hui, mais vous emmener plutôt bien plus au nord, de côté des Îles Féroé, pour un petit coup de gueule. En route pour le Groenland l’été dernier, nous y avons aperçu le navire de Sea Sheperd, l’organisation environnementale, suivie à faible distance par un navire de guerre danois : un des épisodes de la guerre du globicéphale. Gentiment appelé globi, ce mammifère marin migre à travers les îles chaque année. Historiquement, il constituait une ressource alimentaire pour une population très pauvre, armée seulement de petits navires à voiles. Aujourd’hui, alors que les Féringiens ont un excellent niveau de vie (tant mieux pour eux) et se ravitaillent sans problème dans des supermarchés, la tradition s’est perpétuée. Sauf que les méthodes, détection des animaux par hélicoptère, utilisation de vedettes rapides, ne donnent plus aucune chance à l’animal. Le grindadrap, mot à mot « meurtre des baleines » porte bien son nom. Le banc détecté au large est poussé par 25 ou 30 navires qui en jetant des pierres à l’eau effrayent les animaux et les poussent vers des baies. Là les attendent des hommes armés de couteaux et de lances qui les achèvent dans des flots de sang et un grand désordre de bêtes affolées. Une chasse d’autant plus cruelle que les mammifères marins sont doués de qualité d’intelligence et de sensibilité. Entre 800 et 1500 bêtes périssent ainsi alors que la viande, présentée comme aliment traditionnel, n’est quasiment plus consommée car contient 10 fois plus de mercure et de métaux lourds que les réglementations sanitaires et est responsable des malformations enfantines.

Le globicéphale est une espèce protégée dans l’Union Européenne, mais les Danois dont dépendent les Îles Féroé, défendent bec et ongles cette exception dite culturelle.

Cet été encore, les activistes environnementaux se sont vu condamnés à des amendes et à des jours de prison (jugement en appel), pour s‘être interposés. Mais les images peu reluisantes de massacres ont fait le tour du web et deux grandes compagnies de croisières touristiques allemandes ont annoncé qu’elles supprimaient leurs escales aux Féroé pour cette raison. D’autant plus qu’au terme de la nouvelle loi, il est demandé aux touristes de signaler les bancs de globi et les livrer ainsi aux couteaux. Harcelé de pétitions, le gouvernement danois a annoncé une conférence sur le sujet d’ici à la fin de l’année. La marge est étroite pour eux entre la réprobation internationale et les velléités indépendantistes des îles qui prendraient ce sujet comme porte-étendard.

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