Mettons que vous ayez oublié le cadeau de tonton à Noël, ou que vous ayez fait de la résistance à la folie consumériste pour vous réserver pour plus tard et plus tranquillement. Et mettons que ce tonton soit un fan de Patagonie ou qu’il revienne d’une ballade là-bas, j’ai ce qu’il vous faut. Philippe Grenier qui et géographe et a enseigné 7 ans au Chili, il fait aussi partie des envoûtés par ce cône sud de l’Amérique latine. Il vient de sortir une anthologie de textes retraçant toute l’histoire de la découverte de ces lieux du 16ème siècle à nos jours. Même avec une sélection drastique et des morceaux choisis cela fait quand même un volume de près de 1000 pages ! Quels endroits du monde ont suscités tout d’engouement ? La quasi totalité émanent de marins car pendant des siècle et encore aujourd’hui, l’intérieur des terre est quasi impraticable : territoire sec et désert au nord, forêt spongieuse et impénétrable au sud.

Alors découvreurs et guerriers, ecclésiastiques et marchands, aventuriers et rêveurs, tous un jour ont pris un bateau pour porter la gloire de leur roi ou de leur dieu , leurs appétits d’enrichissement matériel ou spirituel, leur désir de liberté dans ces terres sauvages.

On peut lire ces textes au hasard, comme autant de petits récits ou l’héroïsme le dispute à l’intelligence, mais aussi la cupidité à la bêtise.

5 siècles d ‘écrits, dont une partie traduits pour la première fois en français. Certains sont livres de bord un peu secs à peine enjolivés pour prouver à son roi combien on s’est dévoué. D’autres sont des écriture agréables avec de fines descriptions des paysages et des mœurs des indiens dont ils sont malheureusement les derniers témoignages. Mais ce qui est frappant c’est l’évolution des sentiments qu’inspire cette Patagonie. Du 16ème au 18ème tout est noir, les vents furieux, les côtes terrifiantes hérissés de rocs noirâtres, on se perd, on fait naufrage, on meurt de faim. Les mots les plus employés sont désespoir, abominable, malheur. Les indiens, passé une tentation rousseauiste sont fourbes, hideux et cruels. Oui, les européens sont déçus. Cette terre et ses habitants se refusent bien plus que n’importe quelle autre terre au monde. A part rafler les baleines et les phoques, impossible de civiliser ou de faire rendre des richesses à ces endroits désolée.

A partir du 18ème, les choses changent, les navires sont sans doute plus performants, les cartes meilleures et les jeunes états d’Argentine et du Chili créent des villages de peuplement qui sont autant de points d ‘appui. La peur cède la place à la fascination. On devient sensible à cette beauté sauvage, les descriptions frôlent lyriques. Même les autochtones sont intéressants, on commence à louer leur habileté, leur courage, on note même qu’eux aussi aiment leurs enfants. L’aventure pour elle même trouve en Patagonie un terrain de jeu idéal.

Enfin le 20ème verra les textes nostalgiques de ceux qui pleurent ce grand Sud perdu, celui de la disparition des indiens et de la fin des traditions pionnières.

Un glossaire fourni et détaillé, quelques cartes, ce livre est donc la référence pour les amoureux de ces confins. A sa lecture on comprend bien pourquoi ce sud du monde est resté fascinant pour tous les marins.

« Histoires du bout du monde » de Philippe grenier est publié chez Nevicata

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