'Modern Express'

Nous avons tous suivi avec anxiété les aventures du Modern Express, vous vous souvenez, ce cargo qui dérivait dans le Golfe de Gascogne sans plus personne à bord. Coulera ? ne coulera pas ? Marée noire ? Pas marée noire ? Nous avons tant de mauvais souvenirs, que nous avons poussé un immense ouf de satisfaction de le savoir remorqué dans le port de Bilbao. Tout n’est plus qu’une question d’assurance et de gros sous qui ne nous regardent pas.

Restent quelques questions que nous pouvons examiner à tête reposée, en attendant le prochain problème.

Premièrement le Golfe de Gascogne semble cruellement manquer d’un remorqueur de haute mer capable d’intervenir rapidement. Il y en avait un, pré positionné à La Rochelle, mais depuis 2011, il est parti en Manche, suppléer au défaut d’un navire anglais de ce type. Dommage, cette zone géographique est ultra fréquentée et en cas d’avarie les 10 heures de plus que met un remorqueur pour venir de Brest peuvent s’avérer fatales.

Deuxièmement lesdits remorqueurs sont de moins en moins capables d’intervenir face à des navires de plus en plus gros et lourds. Le nombre de containers embarqué a quasiment doublé entre 2005, date de la mise en service d’une série de remorqueurs, et aujourd’hui. Et si c’était un cargo de 400 mètres de long et non le petit Modern Express de 160 mètres qui avait fait naufrage, que se serait-il passé ? Aucun navire au monde n’est capable de les remorquer…. Malgré cela, la course au gigantisme continue.

Ces deux premiers points pourraient être résolus par de l’investissement : un très gros remorqueur, basé à La Rochelle ? Cela coûte cher, très cher, mais quel est le prix d’une marée noire pour les économies côtières, sans parler de l’environnement ? Le Modern Express n’avait qu’une inoffensive cargaison de bois et d’engins de travaux. Si nous savions les milliers de tonnes de produits hautement toxiques qui circulent le long de nos côtes tous les ans, nous aurions sans doute un peu plus de mal à dormir les soirs de tempête.

Troisièmement, que fait –on d’un navire en danger ? On le met à l’abri dans un port pour le réparer. Cela s’appelle un port refuge et l’Union Européenne exhorte les états côtiers à s’en doter. Tout le monde convient que c’est souhaitable. Mais en cas de problème, chaque pays rechigne à laisser s’approcher de ses côtes un bateau blessé susceptible d’engendrer une pollution. Pour ne pas avoir de problèmes avec son opinion publique, mieux vaut l’éloigner au large ou l’envoyer chez le voisin…Ce genre de remède est parfois pire que le mal, occasionnant une pollution plus grande encore.

Bref, nous avons eu un coup de semonce, qui s’est bien terminé. Ce serait dommage de ne pas en tirer des leçons. J’ai juste un peu peur que l’on oublie très vite. Forcément, à court terme, transporter de plus en plus de marchandises d’un coup fait gagner de l’argent, se payer des remorqueurs en fait dépenser…

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