Ce n’est pas dans les grottes que je vous emmène ce soir mais en Antarctique, pour prendre des nouvelles des manchots et autres oiseaux du Grand Sud. L’année dernière elles n’étaient pas fameuses. Depuis 50 ans que nos scientifiques les étudient dans la station polaire de Dumont D’Urville, ils n’avaient même jamais vu une telle catastrophe. La faute au climat devenu fou de l’été 2013/2014. Sur les 34 000 couples du petit manchot Adélie, dont le piaillement et l’odeur égayent la base, pas un seul poussin n’est arrivé à maturité. 15 000 morts !

Explication : sous l’effet du réchauffement climatique, les grands glaciers antarctique ont tendance à fondre, libérant des eaux douces et légères qui stagnent à la surface de l’océan et gèlent plus facilement. Résultat, une bande englacée de 20 séparait le lieu de ponte de la mer libre. Quand on a de petites pattes, cela fait bien loin pour aller chercher à manger. Les parents épuisés ramenaient peu de nourriture, voire délaissaient les nids pour ne pas succomber à la faim. Bilan : déjà 15 % de mortalité. Puis il s’est mis à pleuvoir pendant trois jours, phénomène rarissime en Antarctique, les poussins dont le duvet n’est pas hydrofuge sont en partie morts de froid. Ceci fut suivi de 10 jours de température positive ( du jamais vu non plus) qui acheva les juvéniles déjà affaiblis.

Le même phénomène a touché les pétrels fulmars et les pétrels des neige, dont la reproduction a été voisine de zéro. Les skuas, oiseaux prédateurs, ont dans un premier temps tiré parti de ces carcasses, mais se sont trouvés bien dépourvu ensuite, sans le moindre oisillon pour se nourrir, d’où … mortalité chez les jeunes skuas. DU côté du manchot empereur, la star du film ‘ la marche de l’empereur », la situation n’a guère été brillante non plus.

Cette année la banquise est encore abondante, bien qu’un peu moins, et la survie est meilleure. Mais si ce genre de phénomène se reproduit plusieurs années de suite, des colonies entières peuvent disparaître très rapidement. A moins que les espèces, stressées, ne développent des stratégies alternatives et là il faut qu’elles se creusent la tête et vite !

Ces espèces sont parfaitement adaptées aux terribles conditions de vie de l’antarctique. Mais ces adaptations très pointues les rendent dépendantes d’un état précis de la glace et du krill, la petite crevette dont elles se nourrissent. Changez un paramètre et leur survie est en jeu.

Les projections de populations de manchots, en tenant compte du réchauffement climatique, prédisent que les deux tiers des colonies pourraient voir leurs effectifs divisé par deux.

Finissons sur une note plus gaie. Pour mieux les observer sans les stresser, les scientifiques ont abandonné le baguage qui gênait la nage au profit de puces électroniques de la taille d’un millimètre.

Ils ont même inventé un robot déguisé en poussin manchot pour circuler dans les colonies et récupérer les informations émises par les puces, ce qui est beaucoup moins paniquant pour ces oiseaux qu’un gigantesque homme en ciré rouge. Il est tellement bien imité que ses congénères s’adressent à lui et le houspille comme un des leurs. R2D2 au pays des manchots !

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