Il était une fois, il y a 2600 ans un beau marin venu de Phocée en Asie Mineure, nommé Prôtis qui jeta l’ancre dans la baie de Lacydon . Il y tomba amoureux de Gypsis, une princesse Ségobrige … et eurent sûrement de nombreux enfants. Ainsi, raconte la légende, naquit la ville de Massilia qui devint Marseille.

Lors de fouille en 1993 près du vieux port, on mit à jour les vestiges remarquablement conservés de 2 petits navires de cette époque, sûrement les plus vieux sur le site. Certes ce n’étaient pas des navires somptueux. Les traces montrent qu’il avaient été longuement réparés et rafistolés. Mais ces deux épaves témoignaient merveilleusement des matériaux utilisés et des techniques d’assemblage.

Dans l’un on a même retrouvé des restes de la poix et de la résine utilisées pour le calfatage et des morceaux de corail qui font penser à un bateau de pêche, le corail faisant la réputation de la ville. Son assemblage par ligature était plutôt archaïque. L’ autre, plus grand, ressemblant à un navire de charge, était construit avec tenons et mortaises, technique beaucoup plus élaborée et résultat plus solide qui a sans doute assuré une partie de la suprématie de Marseille dans le commerce maritime de l’époque. L’étude comparée des ces vestiges donna aux archéologues de l’université d' Aix Marseille l’idée folle de reconstruire à l’identique et de faire naviguer des bateaux de ce type, en commençant par le plus petit des deux. Contrairement à des projets plus fantaisistes, le travail mené par les archéologues se doit d ‘être scrupuleusement fidèle au modèle. L’intérêt d’un point de vue scientifique est de mieux comprendre la construction navale et les techniques de navigation de ce VI siècle avant notre ère. Il a fallu tout d' abord redresser les vestiges, retrouver les formes réelles, l’allure des gouvernails, des pièces de quille et de tenue du mât et l’aspect de la voilure, en faisant parler l’iconographie de l’époque, peintures et dessins. Cela donne une coque non pontée de 10 mètres pour un peu moins de deux mètres de large, munie de rames et d’une voile carrée de 25 m2 genre store vénitien tendu sur une perche. .

L’étape d’après était de sélectionner dans les forêts, comme cela se faisait jusqu’au 18 ème siècle, les chênes et les pins dont la forme correspondait au mieux aux pièces à construire. Déjà beaucoup de travail et bien sûr les instruments modernes, perceuses et autres simulations en 3D, ont été appelées à la rescousse. C’est cette année que la reconstruction a réellement pris place. Ce faisant les charpentiers de marine ont par exemple découvert que contrairement aux constructions plus récentes on l’on fabrique d’abord la carcasse avant d’appliquer les bordés dessus, les massaliotes réalisaient d’abord la forme en planches cousues entre elles avant de la renforcer par l’intérieur. Travail de titan, car c ‘est à la main qu’il a fallu percer 10 000 trous, fabriquer 20 000 minuscules chevilles et passer environ 8 km de fil de lin pour assembler la coque.

Nommé Gypsis en l’honneur de la belle princesse, le bateau devrait être lancé dans les semaines prochaines. Et c ‘est bien tout l’esprit d’une ville et un sentiment d’appartenance et de racines que ses promoteurs espèrent retrouver en même temps qu’un intérêt scientifique. Qui sait, d ailleurs s’il ne réservera pas encore des surprises dans son maniement ? Attention GPS interdit à bord !

L'équipe
(ré)écouter Les récits d'Isabelle Autissier Voir plus
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.