Maintenant que les projecteurs de la Route du Rhum se sont éteints , je voudrais revenir sur un ou deux points.

Bien sûr féliciter notre lutin surdoué Loïc Peyron, il faut une extraordinaire expérience et un excellent bagage technique, en plus d ‘être un grand marin, pour prendre en main un bateau de 30 m de long deux mois avant le départ et le mener à la victoire. Un chaleureux bravo également à Sébastien Josse, avec qui j’avais eu le plaisir de naviguer, qui se hisse sur la troisième marche du podium bien qu’il ait le plus petit bateau de sa classe.

Mais ce qui m’a « interpellée » comme on dit aujourd’hui c ‘est Yann Guichard sur Spindrift 2. Normalement sur ce plus grand voilier des course au large jamais construit, 14 marins officient et ils ne chôment pas. Yann a engagé le pari un peu fou de le manœuvrer seul. Pourquoi ? Par défi ? pour espérer gagner parce que plus on est grand plus on va vite ? pour faire un coup de communication qui fera plaisir à de nouveaux sponsors ? pour toucher des limites ? Pour faire plus fort que Franck Cammas 4 ans auparavant ? Yann n’est pas prolixe sur la question . « parce que cela aurait été dommage de rester à quai » dit-il .

Car enfin, un navire de 40 mètres de long et 23 de large, avec plus de 41 mètres de mât ( et encore on l’a raccourci de 6 mètres pour l’occasion) est –ce bien raisonnable ?

Bien sûr une bardée d’ingénieurs ont travaillé à l’adaptation du bateau. Ils ont réussi à gagner 10 % en poids, pour le rendre plus maniable . ils ont centralisés toutes les manœuvres vers un magnifique vélo en carbone, vissé à l’arrière qui permet de manœuvrer plus vite ( eh, oui, nous avons beaucoup plus de force avec les jambes qu’avec les bras !), Ils ont réduit le nombre et la surface des voiles et même installé une caméra go-pro reliée à un i-pad pour visualiser l’enroulement des voiles d ‘avant. Mais quand même , la seule grand voile pesait encore 450 kg et les manœuvres étaient si compliquée que le bateau ne pouvait pas avec son seul skipper changer de bord en passant vent debout, comme d ‘habitude, mais par le vent arrière ce qui demandait une heure d’intenses efforts.

Yann n’est pas non plus le plus grand spécialiste de cette discipline. Formé aux petites unités des jeux olympiques, s’il est réputé être un formidable barreur, il n’en était qu’à sa 2ème Route du Rhum quand ses concurrents en alignaient 4 ou 5.

Résultat Spindrift se classe deuxième , derrière Loïc Peyron, dont, sur le papier, le bateau était moins rapide. C’est déjà un exploit et le pari est réussi. Yann , à l’arrivée explique qu’il n’a pu dormir plus de 10 mn d ‘affilée, que le départ dans la Manche, avec un vent soutenu de face était un cauchemar qui l’a obligé à sous toiler sa machine et que le risque de se faire dépasser par le bateau et de chavirer était quasi permanent. Il y a eu de la souffrance dit-il et son plus grand bonheur a sans doute été d’arriver.

Et maintenant ? Spindrift va reprendre le chemin du chantier pour être re transformé en navire d’équipage et s ‘attaquer l’an prochain au record du tour du monde détenu par un certain …. Tiens, tiens… Loic Peyron. Yann restera dans l’histoire comme celui qui a mené en solitaire le plus grand des voiliers …. Jusqu’à ce qu’en autre marin fasse mieux … ou pire selon ce qu’on pense.

J’avoue ma chère Fabienne que cette course à la taille ne me séduit pas outre mesure car ce qui est intéressant dans une course c’est l’affrontement des navigateurs plus que de leurs machines.

En tous cas encore bravo à ce podium de marins, de toute façon d ‘exception.

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